Nos productions 2020

en éducation permanente

 

Chapitre I -analyses et études

Chapitre II -outils et services

 

 

Chapitre I

Analyses et études

 


Analyse n°1
« Pauvre démocratie culturelle »

Par Jean Blairon

Diffusion via la newsletter de janvier intitulée « Quels gardiens pour la démocratie culturelle ? ».
Lire l'analyse en ligne sur Intermag.


« La démocratie culturelle s’oppose, car il faut parler clairement, à la démocratisation de la culture. »

En 1976, Marcel Hicter, en affirmant fermement cette opposition, constate l’échec de ses efforts de démocratisation de la culture (amener « le peuple » vers les œuvres culturelles) et soutient une autre position, qu’il appelle « démocratie culturelle » :
« Mon option est donc : ni la culture pour tous, ni la culture pour chacun mais la culture par chacun et avec chacun dans une optique de développement de tous. »

En Fédération Wallonie-Bruxelles, cette logique d’opposition a fait place à une logique de cohabitation.

Mais un autre danger menace désormais la démocratie culturelle : une économie de l’enrichissement. S’appuyant sur les travaux de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Jean Blairon montre comment ce nouveau paradigme s’est emparé de la culture et comment il modifie l’opposition démocratisation de la culture / démocratie culturelle au détriment de la seconde.

 


Analyse n°2
Vivons-nous une crise ou un déclin de la démocratie ?

Par Philippe Mahoux et Jean Blairon

Diffusion via la newsletter de mars intitulée « Le discrédit de la démocratie représentative II – Erreurs de perspectives ».
Lire l'analyse en ligne sur Intermag.


Alors que les négociations pour former un gouvernement se poursuivent avec toutes les difficultés que l’on connaît, Philippe Mahoux et Jean Blairon s’interrogent dans cette analyse sur la supposée « crise » de la démocratie représentative qui est souvent mise en avant par plus d’un, notamment dans les médias. Sont pointées, entre autres, la faiblesse de certains politiques ou leur focalisation sur des intérêts personnels ou partisans. Cette manière d’envisager les choses induit – produit – une coupure entre les élus et les électeurs, mais ne rend pas raison des réalités du travail démocratique.

Les auteurs ont récemment consacré un ouvrage à l’analyse de la démocratie représentative dans lequel ils ont analysé « comment ça marche quand ça marche » ; en l’occurrence, il s’agissait de montrer comment la centaine de propositions de lois déposées au Sénat, en tant qu’auteur ou co-auteur, par Philippe Mahoux, sont effectivement devenues des lois. Ils ont dans cet ouvrage dégagé des composantes intrinsèques de la vie politique ; et c’est à partir de ces enseignements qu’ils analysent la situation présente, montrant comment, certes, ces principes sont actuellement l’objet de tensions complexes et aiguës, mais invitant à une prise de recul réflexif afin de ne pas fondre toute difficulté dans le concept alarmiste et improductif de « crise ».

 


Etude n°1
Consentement et violence symbolique, une question pour le secteur de l’aide à la jeunesse ?

Par Jacqueline Fastrès, Laurence Watillon et Jean Blairon

Diffusion via la newsletter de mars intitulée « Consentement et accord ».
Lire l'étude en ligne sur Intermag.


Le Code de la prévention, de l’aide à la jeunesse et de la protection de la jeunesse qui est entré en vigueur en 2019 renforce les droits reconnus aux jeunes et à leurs parents. C’est une avancée, dans la droite ligne de la CIDE et de la montée en puissance des droits culturels, et on ne peut que s’en réjouir.
Plusieurs mesures sont concernées par ces évolutions. L’une d’entre elle est l’abaissement à 12 ans de l’âge à partir duquel l’enfant, assisté par un avocat, doit donner son accord au programme d’aide qui lui est proposé. On reconnaît par là à l’enfant un statut de sujet. Toutefois, à l’instar de Michel Wieviorka, ne faudrait-il pas mieux le considérer comme un « sujet incomplet », soit un sujet qui n’a pas en main les mêmes cartes qu’un adulte ?
La mise en œuvre de ces nouvelles mesures, pour qu’elles soient émancipatoires, demande en tout cas une grande vigilance, notamment par rapport à la question de l’accord donné par un jeune à une mesure qui le concerne : la question du consentement ne se réduit pas d’office, en effet, à un échange argumentatif et ne s’inscrit pas immanquablement dans le processus de décision collégiale qui est réputé se produire.

Le récent ouvrage de Vanessa Springora, justement nommé Le consentement, nous donne matière à réflexion.

L’auteure raconte comment, à 14 ans elle devient la maîtresse de Gabriel Matzneff, auteur et essayiste célèbre. Elle explique comment elle est arrivée à lui donner « son consentement », alors même qu’elle était sous son emprise, mais ne s’en est rendu compte que lentement, plongée dans la détresse, et que s’en rendre compte ne l’a pas protégée de la permanence de cette emprise, des années plus tard. Ce qu’elle décrit rappelle les procédés de l’institution totale décrits par Goffman.

Le détour réflexif par un exemple extrême nous permet d’extraire des éléments d’attention utiles à notre propos :

  • s’il faut être attentifs aux droits du sujet, il convient de ne pas considérer le « sujet » de manière exclusivement romantique ; le sujet n’est pas par essence, il est porté par des processus de subjectivation ou de désubjectivation (ces derniers étant fort bien décrits dans l’ouvrage de Springora) ;
  • être attentifs à ces mécanismes de subjectivation et de désubjectivation pourrait être un garde-fou pour lutter contre ce qui pourrait devenir une violence symbolique à l’égard des personnes qui sont sous emprise ;
  • tenir compte des pentes de « l’air du temps » et s’en distancier suffisamment pour éviter qu’elles ne nuisent aux plus faibles, sous couvert de leur être utile.

 


Analyse n°3
Quelle pensée du confinement ?

Par Jean Blairon et Alice de Coorebyter

Diffusion via la newsletter d'avril intitulée « « Ce qui arrive » ? ».
Lire l'analyse en ligne sur Intermag.


Notre première contribution ne portera pas sur la crise ni sa gestion, mais sur la dimension anthropologique de la situation, sur le vécu de l’espace, du temps, de la relation, sur les transformations exigées par la crise, mais en réfléchissant sur ce qui était déjà là, avant la crise, mais peu visible.

Si la situation paraît sans précédent, ce n’est pas vraiment le cas. Ainsi, par exemple, Paul Virilio évoque, pendant la guerre du golfe, des épisodes qui ressemblent étrangement à notre actualité, en termes de changements provoqués - même si l’origine du problème était une guerre à l’époque, un virus aujourd’hui. Un parallélisme entre ses écrits et les articles récents du Soir le montre : mutation des habitudes de travail, montée en puissance des outils numériques, du télé-achat, etc., avec des moyens plus modernes aujourd’hui, qui n’en rendent que plus possibles d’autres mutations dans d’autres domaines ou d’une autre ampleur (comme l’e-scolarité, le télétravail imposé, etc.).
Les changements sociétaux qui se profilent derrière le paravent sanitaire ne devraient pas laisser d’inquiéter, d’autant plus qu’ils sont volontiers présentés comme des évolutions naturelles, si ce n’est souhaitables.

 


Analyse n°4
Confinement et production de la société

Par Jean Blairon et Alice de Coorebyter

Diffusion via la newsletter d'avril intitulée « Que cache ou annonce « ce qui arrive » ? ».
Lire l'analyse en ligne sur Intermag.


Au travers des mêmes sources médiatiques que pour la première analyse, nous aborderons cette fois l’image qui s’en dégage de la manière dont notre société se produit et dont les individus et les groupes participent à cette action transformatrice.

En d’autres termes, quel modèle de société est-il en train de se profiler, de se modifier, de se chercher, en ce temps de crise, et quelles sont les options qui semblent s’avancer ?
Les affirmations se multiplient qu’il y aura un « avant » et un « après » la crise du coronavirus. A quoi pourrait ressembler cet « après » ?
Nous analyserons les controverses sur cette question et les argumentaires qui se déploient, à travers les articles du Soir entre le 16 mars et le 8 avril 2020.

 


Analyse n°5
Confinement et champ politique

Par Jean Blairon et Philippe Mahoux

Diffusion via la newsletter de mai intitulée « « Ce qui arrive », quelle gestion ? ».
Lire l'analyse en ligne sur Intermag.


La pandémie de covid-19 qui s’est installée plus durablement qu’on ne le pensait ne fait pas que poser des questions de santé publique ou d’organisation du travail, de la scolarité, etc. Elle révèle aussi la responsabilité et l’étendue du pouvoir politique (par exemple, continuer ou prolonger le confinement).
Par là même, la crise agit aussi comme un révélateur des tendances qui étaient à l’œuvre avant son déclenchement, en particulier le poids du néo-libéralisme. Ces tendances seront-elle renforcées ou infléchies ?

Philippe Mahoux et Jean Blairon ont identifié trois questions critiques : le rôle qui sera attribué à l’État (ce rôle légitime qui est réaffirmé un peu partout, mais dont l’avenir n’est pas garanti de facto) ; la place et la considération que l’on accordera aux politiques sociales (que le néo-libéralisme présente comme impayables) ; le fonctionnement et la composition du champ du pouvoir (avec par exemple la place des experts).
Mais la crise révèle aussi (et amplifie parfois) des évolutions du champ politique en tant que tel : le risque de confinement de l’action politique ; la place de plus en plus grande qu’occupent les agents médiatiques dans la vie politique ; l’effacement des collectifs (comme les partis ou les corps intermédiaires) au profit de l’individualisation du capital politique ; le risque de déséquilibre des pouvoirs au profit de l’exécutif ; enfin, la qualité éventuelle de connexion avec les représentés.

Des réponses à ces questions sortira le visage du champ politique de l’après covid-19.

 


Analyse n°6
Des objets du net ? De l’influence des « intérêts particuliers du commerce et de ceux qui le dominent »

Par Caroline Garzon et Alice de Coorebyter

Diffusion via la newsletter de mai intitulée « Des objets du net ? ».
Lire l'analyse en ligne sur Intermag.


Les youtubeurs et autres influenceurs qui cherchent d’une manière ou d’une autre à vivre des contenus qu’ils créent, soumis aux règles des plateformes qui leur permettent cette visibilité, n’en deviennent-ils pas les objets ?
C’est à cette question que cette analyse s’intéresse.

Ces influenceurs sont pourtant, pour beaucoup, au départ, des créateurs, des passionnés qui ont envie de partager leur savoir, leur passion, et peut-être, ensuite, de se rémunérer de ce partage Mais très vite, il leur faut se plier à des formats, à des contraintes, si ce n’est à des oukases imposés conjointement par un couple incontournable : les géants du net qui mettent à disposition les plateformes, et les annonceurs qui y trouvent à placer leur publicité. Certains influenceurs en vivent, parfois confortablement, entraînant derrière eux des communautés de suiveurs.
Cette analyse se penche sur les mécanismes qui se mettent en branle dans ces situations, rendant la frontière entre des pratiques culturelles (au sens fort du terme) et des mécanismes purement économiques de plus en plus poreuse et défavorable aux premières.


Etude n°2
L’associatif est-il (encore) manifestable ?

Par Jean Blairon

Diffusion via la newsletter de septembre intitulée « Noyés dans des courants contraires ? ».
Lire l'étude en ligne sur Intermag.


L’adoption, par le gouvernement fédéral dit « de la suédoise », du Code des Sociétés et des Associations crée une catégorie unique d’organisations et transforme la définition des associations en rendant possible la création d’associations commerciales. Cette législation pose un problème identitaire grave aux associations ; certains prédisent même la disparition de cette logique d’action collective et l’absorption de celle-ci dans une logique entrepreneuriale si ce n’est capitaliste.
Le « Collectif 21 » s’est créé pour analyser ce problème et ses implications, alors que nous allons « fêter » le centenaire de la loi de 1921 consacrant la liberté associative.

Le Collectif 21 a sollicité Jean Blairon pour suivre ses travaux et en proposer une lecture réflexive.
Cette étude constitue une analyse de contenu des cinq séminaires que le collectif a organisés jusqu’ici ; elle confronte cette analyse de contenu aux acquis de l’analyse institutionnelle.
L’étude problématise ainsi les questions posées lors des séminaires et avance des propositions de réponses. Elle aborde les points suivants.

  • Comment poser la question du classement des organisations ?
  • Est-il possible de définir une identité associative irréductible aux autres formes d’organisation ?
  • La logique d’action associative constitue-t-elle une alternative et si oui, laquelle ?
  • Comment dès lors situer la logique d’action associative par rapport aux services publics, par rapport au temps, par rapport au monde du travail, au monde économique et au champ du pouvoir ?

Les réponses qui sont proposées s’enchaînent et s’articulent pour dessiner des espaces de choix à propos desquels le « secteur associatif » jouera sans doute son destin.

 


Etude n°3
Quel accompagnement pour les demandeurs d’emploi ? Une enquête auprès des premiers intéressés

Par Christine Mahy Secrétaire générale du RWLP et Jean Blairon Président du RWLP (dir) ; Noellie Denomerenge, Jacqueline Fastrès et Laurence Watillon

Diffusion via la newsletter de septembre intitulée « Noyés dans des courants contraires II ».
Lire l'étude en ligne sur Intermag.


Le Gouvernement wallon travaille sur une réforme de l’accompagnement des chômeurs (un projet vient d’être discuté en première lecture au Parlement), sur le rôle que va y jouer le Forem, sur la manière dont celui-ci va l’exercer et par voie de conséquence sur les relations que le service public de l’emploi va construire (ou co-construire ?) avec les associations qui sont engagées comme lui sur l’ enjeu de l’insertion sociale et professionnelle.
Considérer que les bénéficiaires sont des partenaires de plein droit implique de les associer fermement à la conception de la politique qui les concerne.

C’est ce à quoi nous avons voulu contribuer en collaborant à une recherche initiée par le RWLP qui a interrogé des personnes « accompagnées » par le Forem dans leur recherche d’emploi.
Une facilitatrice en prévention des inégalités du RWLP a noué des contacts avec 31 personnes et a sollicité leur analyse de l’accompagnement dont elles avaient bénéficié.
Ces interviews ont été analysés collectivement. Cette analyse a identifié dans un premier temps quatre questions auxquelles des propositions de réponse sont apportées :

  • De quelle nature doit être l’accompagnement ?
  • Quelle posture professionnelle doit l’incarner ?
  • Sur quoi doit porter cet accompagnement ?
  • Sur quels processus intervient-il en réalité ?

Les réponses engrangées dans l’analyse des personnes accompagnées elles-mêmes ont permis d’identifier la controverse qui déterminera le sens réel de cet accompagnement par le service public. Il faudra en effet que celui-ci se positionne par rapport à deux alternatives croisées :

  • Partira-t-on de l’individu, de ce qu’il est et de ce qu’il désire ou du système dans lequel il aura à s’intégrer ?
  • L’agent et le bénéficiaire chemineront-ils de concert ou sera-ce le bénéficiaire uniquement qui devra cheminer sous le contrôle du premier ?

L’étude met en lumière les risques de confusion entre l’aide et le contrôle et se termine par des recommandations très précises pour développer un accompagnement qui peut se donner les moyens de réduire les inégalités et s’interdire de les aggraver.

 


Etude n°4
Actions d’éducation permanente et vie associative : quelles relations ?

Par Jean Blairon, Saki Kogure et Oleg Bernaz

Diffusion via la newsletter de décembre intitulée « Education permanente et vie associative ».
Lire l'étude en ligne sur Intermag.


En 2018, le décret de 2003 soutenant la vie associative dans le champ de l’éducation permanente est modifié. Le titre est inversé : il s’agit désormais de soutenir le développement de l’action d’éducation permanente dans le champ de la vie associative.

Le changement apporté est d’envergure : il ne s’agit plus seulement de soutenir les associations « qui font de l’éducation permanente », mais bien d’assurer le développement de l’action d’éducation permanente dans [tout] le champ de la vie associative.

Dans leurs travaux, les auteurs souhaitent étudier quelques aspects des relations que peuvent entretenir « action d’éducation permanente » et « vie associative ».

Ils s'attachent à éclaircir les significations de ces termes et leurs relations par trois versants :

  • historique,
  • théorique
  • et contemporain,

ce dernier, en ce qu'ils sont liés aux évolutions du champ politique.

 

 

Analyses 2020

parues en extérieurs

 


Analyse n°7
Quel avenir pour les services d’accompagnement ?

Par Jean Blairon

A la demande de l’ASAH, Association des services d’accompagnement et d’actions en milieu ouvert pour personnes handicapées, pour les journées 1 et 2 de leur colloque du 19 et 20 septembre 2019, Osons la relation, handicap et milieu de vie ;
voir intro des journées 1 https://www.youtube.com/watch?v=ZTAhwp9kTXg&feature=youtu.be
et 2 https://www.youtube.com/watch?v=ajJ0-lI3DPk&feature=youtu.be

L’analyse est également disponible sur Intermag, lire l'analyse.


Les 19 et 20 septembre 2019 l’association ASAH (association des services d’accompagnement et d’actions en milieu ouvert pour personnes handicapées) réunissait ses membres, directions et travailleurs, pour mener une réflexion collective sur les pratiques et les politiques qui les permettent ou sont censées le faire.

ASAH a toujours investi dans la réflexion, la formation et la recherche, pensant qu’il était essentiel d’offrir à ses membres et à leurs travailleurs des espaces-temps pour poser les questions de sens en dehors desquelles leur travail perd toute pertinence.

Ces deux journées, au titre explicite « Osons la relation – Handicap et milieu de vie », étaient animée par Jean Blairon. Elles se proposaient d’aborder quatre thématiques :

  • le concept même d’accompagnement, qui est devenu si répandu qu’il a perdu de sa clarté ;
  • les pratiques de co-création des interventions par les bénéficiaires et les professionnels ; l’audace que cette posture requiert ;
  • la dimension nécessairement entreprenante des associations ;
  • l’évolution des politiques sociales et des militances que cette évolution exige.

Sur base des interventions et des débats qu’elles ont suscités, Jean Blairon a tenté d’identifier une série de questions qui attendent selon lui une réponse collective de la part de tous ceux qui souhaitent que la pratique d’accompagnement reste vivante, qu’elle puisse continuer à ouvrir des espaces de choix et à favoriser des possibles pour les personnes, en agissant sur la société pour qu’elle-même s’ouvre à ces possibles.

Il a identifié ces questions en croisant les propos des uns et des autres. Elle appartiennent à deux catégories.

Certaines sont « cognitives » ; elles mobilisent des manières de considérer les pratiques dont il est question. D’autres sont plutôt de nature politique, concernant des domaines ou des manières de se faire entendre. Ces deux types de questions sont indissolublement liées et qu’elles doivent en conséquence trouver réponse conjointement.

 


Analyse n°8
Confinement, éducation permanente et action collective

Par Christine Mahy et Jean Blairon

L'analyse est parue dans l’Esperluette , le trimerstriel du CIEP/MOC, n° 104 avril-mai-juin 2020, https://www.dropbox.com/s/3893wplyr2kvo4w/ESPERLU_&104_print.pdf?dl=0 


Pour beaucoup semble-t-il, en cette période de confinement, la question (le rêve) d’une césure (d’une cassure) est à l’ordre du jour : cette crise ravive les doutes et objections à propos du modèle néo-libéral de développement et fait espérer que l’après ne sera plus comme avant.
Dans un souci de faire retour sur ce qui a déjà été engrangé en termes d’actions collectives dans la mouvance de l’éducation permanente, l’auteur observe d’abord le terrain sur lequel nous nous trouvions avant la crise, sa lente accumulation de sapes dues au néo-libéralisme, l’augmentation des asymétries sociales, le recul de l’État.
Il précise ensuite comment les principes fondateurs de l’éducation permanente peuvent nous aider dans la recherche des conditions de possibilité d’une action collective capable d’imposer une césure entre l’avant et l’après :
soutenir l’initiative de ceux et celles qui sont privé.e.s de capacité d’action et s’inspirer d’eux.elles comme analyseurs, faire apparaître les insuffisances ou les incohérences de la version officielle de ce qu’est « la réalité », participer à la lutte cognitive, peser sur ce que Pierre Bourdieu appelle « le champ du pouvoir ».

 


Analyse n°9
Confinement et espace socio-culturel

Par Christine Mahy et Jean Blairon

Analyse parue dans Le Soir en ligne https://plus.lesoir.be/307266/article/2020-06-15/confinement-et-espace-socio-culturel
Elle a également été relayée par le RWLP sur leur site https://www.rwlp.be/index.php/ressources/medias/993-medias-carte-blanche-confinement-et-espace-socio-culturel, et https://www.facebook.com/notes/r%C3%A9seau-wallon-de-lutte-contre-la-pauvret%C3%A9/confinement-et-espace-socio-culturel/3734354533245916/


Au sortir du premier confinement dû à la crise du Covid, il est patent qu’elle a gravement aggravé les processus de désaffiliation dans lesquels tant de personnes sont aujourd’hui emportées. En fragilisant nombre d’entre elles dans le domaine professionnel ou en pénalisant plus encore celles qui peinaient à obtenir du travail ; en empêchant ou dégradant les liens de solidarité socio-familiale.

C’est dire si la « gestion de la crise » ne doit pas être que sanitaire. Les mesures prises vont-elles aboutir à donner aux populations une place comme protagonistes de liens, comme partenaires de plein droit des services qui leur sont destinés, comme ressources et richesses créatives, comme garants, enfin, de la légitimité de ceux qui ont à les représenter ?

Cette carte blanche de Christine Mahy et Jean Blairon veut contribuer à cette nécessaire évaluation en disant toute l’importance de deux questions : « Pour qui a-t-on pris des mesures ? » ; « Qui a (eu) voix au chapitre ? »

Au départ de l’incontournable apport de Robert Castel sur les mécanismes de désaffiliation, les auteurs identifient les points cruciaux en termes de choix de mesures d’aide (de conception de l’action, de chemin qu’elle prendra, de public qu’elle touchera ou non).

Ils constatent aussi qu’en matière de consultation sur les mesures à mettre en œuvre, le socio-culturel est cruellement absent. Or, le socioculturel est justement l’espace qui est habité par et pour des populations qui sont soumises à des risques ou des processus de désaffiliation. C’est aussi l’espace où se joue la confiance en la capacité de représentation sur laquelle se fonde la démocratie. L’après-Covid prendra-t-il en compte cet espace ?

 


Analyse n°10
La révolte, pourquoi ne pas s’y fier ?

Par Jean Blairon

Analyse parue dans le Magazine de l'asbl PointCulture, n°3, Révolte! Acte I, https://www.pointculture.be/magazine/articles/publication/le-magazine-n3-revolte/

Lire en ligne, pages 12 et 13 : https://www.pointculture.be/webdocs/le-magazine-3/


Grammaticalement, cette question charrie curieusement deux sens opposés : d’un côté, nous avons affaire à une incitation (pourquoi ne pas essayer la révolte); de l’autre, à un appel à la vigilance (pourquoi on devrait rester sur ses gardes par rapport à la révolte). Ambivalence piège qui risque de réduire le débat à des chocs d’évidences qui se croyaient trop vite partagées. Jean Blairon ne défend pas dans ces lignes une position normative (« voilà ce qu’il faudrait en penser »), mais essaie de construire un positionnement modeste, réflexif : comment est-ce que cette question peut nous questionner ?

Il examine ainsi les deux pans de la question.

- Pourquoi, le cas échéant, se méfier de la révolte ? parce que le soulèvement insurrectionnel n’est qu’une action parmi d’autres dans le champ politique et que cette action n’est pas d’office dotée de toutes les vertus, comme le montrent des épisodes historiques importants. Elle n’est pas non plus d’office porteuse de progrès. Elle incite à un romantisme excessif.

- Pourquoi promouvoir et occuper une position critique ? Parce que le progrès dépend de la lutte pour les droits et de la traduction des victoires en droit. Ce qui implique un passage d’un champ à un autre - du culturel ou du social au politique, entre autres. Quelle force de représentation peut opérer cette translation ? Cette question est essentielle, car la réponse ne passe pas nécessairement par la révolte.

 

Analyses 2020

A paraître

 


Analyse n°11
Le journal et le « public »

Par Jean Blairon et Saki Kogure

Analyse à la demande, pour les 40 ans du JDJ. A paraître dans le n°400.

Dans l’attente de publication, l’analyse est disponible sur demande : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


A l’occasion de son n°400, le Journal du Droit des Jeunes (JDJ) nous a sollicités pour une contribution à « un article analysant la place et le rôle de ce média, de manière plus générale, avec une certaine distance critique, par un observateur des champs socio-politiques dans lesquels s'inscrit le JDJ ».
Cette sollicitation pose deux questions passionnantes : celle de la singularité du JDJ (« ce média ») ; celle de son rapport aux champs socio-politiques « dans lesquels s’inscrit le JDJ ».

Pour tenter d’honorer une telle commande, il nous a paru nécessaire de repartir du concept de « public » tel que le philosophe américain John Dewey, grande figure de l’« Education of Adults » et de l’éducation permanente, l’a élaboré.

Pour Dewey, un « public » se crée lorsque des citoyens estiment nécessaire de s’occuper des conséquences indirectes de transactions privées. Le qualificatif « indirectes » veut dire qu’elles affectent des personnes qui ne sont pas concernées hic et nunc par ces transactions. Dewey donne l’exemple de la justice, où un « public » (et notamment des publics officers, des agents publics) doit prendre le relais des personnes privées, de manière à ce que les querelles ne soient pas réglées de manière interpersonnelle, mais à un niveau sociétal. Mais pour Dewey, « le public » ne se limite pas à la prise en charge d’un problème par un « service public », mais implique aussi un niveau de qualité de débat.

C’est donc à l’aune de ce point de vue que Jean Blairon développe la place et le rôle d’un média comme le JDJ.

 

Chapitre II

Outils et services

 


Outil culturel d’éducation permanente autour du confinement


Rapport

Nous avons réalisé en 2020 un outil culturel permettant de prendre du recul par rapport à la pandémie qui s’est abattue sur nos sociétés, nous confrontant à des contraintes inédites : celles liées à un confinement dans l’espace privé.

Au niveau de la forme, l’outil propose trois « PRM » (« petites réalisations multimédias »), qui mélangent des images fixes et mouvantes, des voix et des sons. Il s’agit de réalisations brèves qui mixent différentes formes de langages ; l’enjeu est de produire des perceptions, de mobiliser des affects qui ouvrent à des réflexions possibles.
Notons que ces réalisations sur l’expérience du confinement se sont astreintes à être produites dans les conditions strictes du confinement lui-même, en une sorte de mise en abyme (ici : forme manifestant le contenu lui-même).

Au niveau du contenu, les 3 PRM sont articulées autour de trois problématisations :

  • ce qui nous arrive n’est pas si inédit qu’on peut le penser ; les processus dénoncés par Paul Virilio depuis plusieurs dizaines d’années se sont simplement cristallisés : règne d’une vitesse non maîtrisée, société où « tout nous arrive » et nous astreint, perte des échelles réelles ;
  • cette multiplication des « catastrophes » révèle les impasses du néo-libéralisme qui les produit : individualisation déréglementée, cassure des rythmes anthropologiques, attaque de la démocratie culturelle ;
  • la question de « l’après » est posée ; la réponse dépendra des luttes internes au champ du pouvoir à propos du principe sociétal explicatif dominant (par exemple : principe économique dominant du dogme de l’austérité ; principe social dominant qui reconnaît les investissements nécessaires pour qu’un « socle social » puisse faire tenir la société, etc.).

Un dossier pédagogique propose cinq modes d’exploitation différents de l’outil.

Lien vers l’outil : https://www.intermag.be/outil-culturel-d-education-permanente-autour-du-confinement

 


Réalisation d’un service au profit de l’association RWLP, reconnue en EP :
« Invisibles avant »


Rapport

La période du confinement a certainement pris tout le monde de court et a posé des questions inédites à nos sociétés. Elle a au fond fonctionné comme un analyseur mondialisé (l’analyseur est un « objet » au sens large qui révèle les contradictions qui traversent une situation).

Les réactions à cette situation anxiogène ont été multiples, empreintes d’affects évidemment, comme les applaudissements ritualisés à l’adresse des services soignants, relayés à l’envi par les médias.

Les visées de l’éducation permanente ne permettaient toutefois pas de participer à ces élans sans recul réflexif – sans tenter de suivre ce dont un tel analyseur peut être porteur.

C’est à cette entreprise que s’est consacré le RWLP et à laquelle nous nous sommes associés. Des échanges d’analyses et de réflexions ont eu lieu entre nos deux associations ; ils ont notamment abouti à la décision de réaliser le service dont il est question ici.

Nos analyses conjointes nous ont permis de définir trois visées :

  • les métiers de la santé que l’on applaudissait avec insistance avaient fait l’objet de restrictions généralisées peu de temps auparavant, sans autres réactions que celles des intéressés eux-mêmes ;
  • les métiers « à risque », de « contact » sont bien plus nombreux que ceux qui semblent monopoliser la reconnaissance et l’admiration ;
  • comme souvent, le point de vue des premiers intéressés est peu connu.

 

Les produits

Les deux associations ont donc décidé de réaliser et diffuser des capsules vidéo rencontrant ces trois visées.
Chacune a été consacrée à un « métier » particulier, dont la nécessité apparaissait du fait de la crise et n’avait d’égale que l’indifférence antérieure à ses conditions d’exercice. D’où le titre générique « Invisibles avant ».
A chaque fois, c’est l’analyse du/de la professionnelle elle-même qui était mise en avant. En cours de processus, il a paru utile d’élargir à des situations qui, invisibles avant, l’étaient encore plus maintenant, même si elles ne correspondaient pas, directement en tout cas, à l’exercice d’un métier.

7 capsules ont été décidées et réalisées, dans le strict respect des conditions sanitaires évidemment. Chacune a été diffusée par le RWLP, via son réseau facebook et sur youtube. Les chiffres de diffusion sont ceux qui sont enregistrés le 15 décembre.

A noter que le RWLP a diffusé pendant le mois de juin 8 autres productions, dont certaines très téléchargées, ce qui peut expliquer sans doute les baisses significatives des chiffres pour certaines réalisations.

 

Capsules métier Vues Youtube
Vues Facebook
Infirmière 26 mai 820 5600
Educatrice 28 mai 668 1300
Technicienne de surface 2 juin 168 5800
Collectif sans papiers 5 juin 771 1200
Sans abri 8 juin 570 1100
Titre service 11 juin 765 (lien youtube sur facebook)
Personnel supermarché 19 juin 60 (lien youtube sur facebook)

 

Les enseignements généraux tirés par les deux associations partenaires

Sur le fond, cette réalisation de service pose le problème de l’ensemble que ces 7 capsules constituent ou non.
Effectivement les situations présentées possèdent des caractéristiques identiques : invisibilité avant la crise, évolution significative pendant (soit une visibilité inédite, soit une invisibilité confirmée ou accrue).
Au-delà de ces caractéristiques, elles-mêmes visibles, on peut se demander s’il n’y a pas d’autres composantes moins visibles qui sont en jeu.
Nous en trouvons au moins deux.

La question de la participation à la production de la société : ces métiers considérés par beaucoup comme subalternes ou absents (pour le collectif des sans papiers par exemple) se sont révélés dans leur caractère contributif fort, ce qui ne peut que rappeler la situation du Tiers-Etat à une autre époque : « nous faisons tout, nous n’avons rien ».

Encore faut-il que ces caractéristiques communes soient perçues comme telles par les intéressé(e)s eux-mêmes (et c’est bien ce à quoi voulait contribuer la série) : nous retrouvons là l’analyse de Jean Lojkine que nous avons déjà eu l’occasion de mettre au travail : il s’agit de métiers qui concernent, sans doute dans des proportions variables, une relation de service et un traitement de l’information.
Jean Lojkine y voit les prolégomènes d’une conscience de classe (voire d’un retour d’une lutte de classe, ce qui n’est pas sans lien avec le point précédent) :

« Entre le groupe ouvrier, les employés de l’administration, les professions de la culture, de la santé et les professions intellectuelles salariées, de nouveaux liens ne se tissent-ils pas, malgré les divisions statutaires, autour du travail d’information et de la relation de service ? »1.

C’est bien la question de fond que pose cette réalisation d’une série.

Sur la forme, cette série a été l’occasion de revenir sur certaines fausses évidences de la grammaire médiatique. Nous pensons ici aux images d’illustration, qui précèdent souvent une interview : le (la) professionnel(le) est représenté « en mouvement », même si ce mouvement est purement factice : arrivée au bureau, arrivée sur le lieu du travail, etc. Nous nous sommes habitués à ces subterfuges, qui trahissent l’obsession du mouvement (des images où on bouge) des médias dominants.
Mais en l’occurrence, par rapport à l’expérience et l’analyse portées par les personnes dans leur prise de parole, ces « entrées en mouvement », non seulement révélaient leur vacuité mais surtout entraient en contradiction avec la vérité de la situation : la confrontation à un risque majeur.
Il a donc fallu corriger le tir à plusieurs reprises pour éviter cette contradiction interne destructrice.

Liens vers les capsules

 

Notes

1-J. Lojkine, L’adieu à la classe moyenne, Paris, La Dispute, 2005, p. 10. Nous avons commenté ce point dans une étude parue pendant l’été 2020, « L’associatif est-il (encore) manifestable ? », https://www.intermag.be/images/stories/pdf/rta2020m09n1.pdf, p. 21.