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le 29 mai, la Fesefa (fédération des employeurs des secteurs de l’éducation permanente et de la formation des adultes) organisait son assemblée générale annuelle, à l’issue de laquelle était proposée une conférence-débat ayant pour thème « Vie associative : un contre-pouvoir est-il encore possible aujourd’hui ? » ; Jean Blairon avait été sollicité pour y intervenir.

Un certain nombre d’initiatives citoyennes se développent depuis quelques temps pour manifester une opposition ou une résistance aux diverses mesures qui, conjuguées, contribuent à mettre à mal l’État de droit. Si on peut saluer ces mobilisations citoyennes, il est pourtant nécessaire de garder une vigilance critique à propos de la manière de se les représenter.

On lit souvent que le recul de la gauche, qui s'observe dans de nombreux pays européens, est dû au fait qu'elle a perdu « la bataille culturelle ». Le plus souvent cette bataille culturelle est représentée comme une lutte de « camps » (les représentations et valeurs des dominants ; celles des opposants) et ses protagonistes sont décrits soit comme des agences (les universités, les médias) soit comme des agents (les intellectuels, les artistes).


Comme nous l’avons dénoncé déjà dans plusieurs analyses, on peut s’inquiéter de voir surgir, à une cadence de plus en plus élevée, des projets politiques divers et variés qui ont pour effet concomitant l’assimilation du monde associatif au monde marchand (par exemple, les récents projets de loi de code unique des sociétés du ministre Geens et du « travail associatif » de la ministre De Block).


Dans une précédente contribution, Philippe Mahoux évoquait la déstructuration de la vie associative que ne manquerait pas de produire la loi de réforme du Code des sociétés du Ministre Geens, en assimilant l’associatif à l’entreprise. L’une des controverses qu’il mettait en lumière concernait la vision de la « professionnalisation » supposée nécessaire du travail associatif, vision condescendante s’il en est puisque cette professionnalisation semblait ne pouvoir venir que du Saint Graal entrepreneurial, via par exemple, le mécénat de compétence.

Voilà qu’un autre projet de loi vise quant à lui à… déprofessionnaliser l’associatif. Il s’agit du projet de loi de la Ministre Maggie de Block sur le « travail associatif », permettant à une série de catégories de personnes (mais pas aux plus démunies) de prester un travail échappant à toute cotisation sociale et à tout impôt. C’est là une autre manière de déstructurer le travail associatif, en mettant à mal tout ce qui a justement contribué à structurer l’emploi dans ce secteur, qui en est un important pourvoyeur, ne l’oublions pas. Mais au-delà, cette loi constitue surtout une attaque des acteurs du contre-pouvoir que sont les associations. Cette attaque est opérée en y introduisant précisément ce travail déstructuré.

Il n'échappera à personne que la fausse professionnalisation (par la marchandisation) et la déprofessionnalisation, pour opposées qu'elles semblent être, concourent à la même entreprise de destruction.

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Philippe Mahoux connaît bien la spécificité du travail associatif, pour l’avoir longuement côtoyée à travers son travail parlementaire, mais aussi pour s’y être très activement impliqué personnellement, notamment en fondant ou en présidant plusieurs associations. Le projet de Code unique des sociétés lui fait identifier plusieurs controverses sur l’identité associative ; controverses qui ne sont pas neuves, mais qui cette fois menacent d’être tranchées au détriment non seulement de l’associatif, mais aussi de la société.

  • Une controverse sur le sens de la « simplification » ;
  • une controverse sur le sens de la « modernisation » ;
  • une controverse sur la vision que l'on peut avoir de la production de la société ;
  • une controverse sur ce qu'on entend par « professionnalisation ».

Il pointe également plusieurs révélateurs préoccupants qui indiquent le lent mais redoutable cheminement du travail de sape contre cette identité associative et il invite à la vigilance critique.

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A l’heure de ce projet de réforme, il n’est pas inutile de jeter un regard vers le passé et de se rappeler de quelle histoire la vie associative est le produit.

C’est en remontant au XIXè siècle, à la Commune de Paris, mais aussi en amont, dans les années 1830, qu’on constate la maturation de l’esprit associatif. Il se déploie dans plusieurs directions, comporte plusieurs dimensions. Politique, avec les « clubs », héritiers de la Révolution française, qui se voulaient lieux de débats ouverts au peuple ; sociale, avec les « associations ouvrières de production », qui cherchaient à échapper à l’emprise absolue des patrons ; économique, avec la création des premières coopératives. C’est cette vie associative qui fut à l’origine des syndicats et des mutuelles, si malmenés aujourd’hui. Et elle fit aussi l’objet de fortes tentatives pour la brider.

L’histoire montre à quel point la vie associative est irréductible à une logique capitaliste, qu’elle a toujours combattue, et que le moindre des paradoxes ne serait pas, aujourd’hui, de l’y assimiler.

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Le rôle de contre-pouvoir politique, économique et social des associations doit être réaffirmé, protégé et développé. Dans sa contribution à ce dossier, Jean Blairon développe cet aspect en se référant à la théorie des champs de Pierre Bourdieu.

Pour Bourdieu, le champ du pouvoir est un champ qui traverse tous les autres. L’enjeu est la lutte pour le pouvoir sur l’État, qui a la propriété d'agir dans tous les champs, notamment par le droit.

Le pouvoir, quel qu’il soit, ne peut réussir à se faire reconnaître en se légitimant lui-même ; il a besoin d’être légitimé, notamment par ceux qui possèdent une position dominante dans les divers champs (et qui luttent eux-mêmes pour cette place de dominants), mais aussi par les dominés. C'est notamment la mise au jour de ce mécanisme de légitimation (et d'autres) qui permet de poser autrement le problème de la vie associative et celui des réformes qui entendent la moderniser.

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RTA2018


Le Ministre de la justice, Koen Geens, projette de créer un Code unique des sociétés, dans lequel les associations seraient intégrées au côté des entreprises marchandes, et qui devrait entrer en vigueur fin 2018.

Les arguments de cette réforme sont, sans grande surprise, tournés vers la « simplification » et la « modernisation ». Cette réforme, dont tous les textes ne sont pas encore disponibles et dont les négociations sont fort peu médiatisées, ne laisse pas d’inquiéter le monde associatif : s’agit-il d’une « reprise » (en mains) du secteur ? Sa spécificité ne sera-t-elle pas mise en danger, si ce n’est au pas ?

Ce dossier aborde la spécificité associative – qu'il convient de défendre – à partir de trois points de vue différents et complémentaires.



Controverses sur l'identité associative

Par Philippe Mahoux

Philippe Mahoux connaît bien la spécificité du travail associatif, pour l’avoir longuement côtoyée à travers son travail parlementaire, mais aussi pour s’y être très activement impliqué personnellement, notamment en fondant ou en présidant plusieurs associations. Le projet de Code unique des sociétés lui fait identifier plusieurs controverses sur l’identité associative ; controverses qui ne sont pas neuves, mais qui cette fois menacent d’être tranchées au détriment non seulement de l’associatif, mais aussi de la société.

  • Une controverse sur le sens de la « simplification » ;
  • une controverse sur le sens de la « modernisation » ;
  • une controverse sur la vision que l'on peut avoir de la production de la société ;
  • une controverse sur ce qu'on entend par « professionnalisation ».

Il pointe également plusieurs révélateurs préoccupants qui indiquent le lent mais redoutable cheminement du travail de sape contre cette identité associative et il invite à la vigilance critique.


Le fait associatif dans l'histoire

Par Jacqueline Fastrès

A l’heure de ce projet de réforme, il n’est pas inutile de jeter un regard vers le passé et de se rappeler de quelle histoire la vie associative est le produit.

C’est en remontant au XIXè siècle, à la Commune de Paris, mais aussi en amont, dans les années 1830, qu’on constate la maturation de l’esprit associatif. Il se déploie dans plusieurs directions, comporte plusieurs dimensions. Politique, avec les « clubs », héritiers de la Révolution française, qui se voulaient lieux de débats ouverts au peuple ; sociale, avec les « associations ouvrières de production », qui cherchaient à échapper à l’emprise absolue des patrons ; économique, avec la création des premières coopératives. C’est cette vie associative qui fut à l’origine des syndicats et des mutuelles, si malmenés aujourd’hui. Et elle fit aussi l’objet de fortes tentatives pour la brider.

L’histoire montre à quel point la vie associative est irréductible à une logique capitaliste, qu’elle a toujours combattue, et que le moindre des paradoxes ne serait pas, aujourd’hui, de l’y assimiler.


Vie associative et champ du pouvoir

Par Jean Blairon

Le rôle de contre-pouvoir politique, économique et social des associations doit être réaffirmé, protégé et développé. Dans sa contribution à ce dossier, Jean Blairon développe cet aspect en se référant à la théorie des champs de Pierre Bourdieu.

Pour Bourdieu, le champ du pouvoir est un champ qui traverse tous les autres. L’enjeu est la lutte pour le pouvoir sur l’État, qui a la propriété d'agir dans tous les champs, notamment par le droit.

Le pouvoir, quel qu’il soit, ne peut réussir à se faire reconnaître en se légitimant lui-même ; il a besoin d’être légitimé, notamment par ceux qui possèdent une position dominante dans les divers champs (et qui luttent eux-mêmes pour cette place de dominants), mais aussi par les dominés. C'est notamment la mise au jour de ce mécanisme de légitimation (et d'autres) qui permet de poser autrement le problème de la vie associative et celui des réformes qui entendent la moderniser.

 

Contre la loi sur le « travail associatif »

Par Christine Mahy et Jean Blairon

Dans la première analyse de ce dossier, Philippe Mahoux évoquait la déstructuration de la vie associative que ne manquerait pas de produire la loi de réforme du Code des sociétés du Ministre Geens, en assimilant l’associatif à l’entreprise. L’une des controverses qu’il mettait en lumière concernait la vision de la « professionnalisation » supposée nécessaire du travail associatif, vision condescendante s’il en est puisque cette professionnalisation semblait ne pouvoir venir que du Saint Graal entrepreneurial, via par exemple, le mécénat de compétence.

Voilà qu’un autre projet de loi vise quant à lui à… déprofessionnaliser l’associatif. Il s’agit du projet de loi de la Ministre Maggie de Block sur le « travail associatif », permettant à une série de catégories de personnes (mais pas aux plus démunies) de prester un travail échappant à toute cotisation sociale et à tout impôt. C’est là une autre manière de déstructurer le travail associatif, en mettant à mal tout ce qui a justement contribué à structurer l’emploi dans ce secteur, qui en est un important pourvoyeur, ne l’oublions pas. Mais au-delà, cette loi constitue surtout une attaque des acteurs du contre-pouvoir que sont les associations. Cette attaque est opérée en y introduisant précisément ce travail déstructuré.

Il n'échappera à personne que la fausse professionnalisation (par la marchandisation) et la déprofessionnalisation, pour opposées qu'elles semblent être, concourent à la même entreprise de destruction.

 


Force est de reconnaître que nous assistons dans notre pays à une déconstruction systématique des protections et droits sociaux, à un « renversement de toutes les valeurs » qui ont conduit à ces conquêtes.
Il peut être utile dans ce contexte de s'intéresser aux façons qui sont employées par les auteurs et les partisans de cette déconstruction pour justifier leurs actions, pour rendre « acceptables » leurs « réformes » aux yeux de ceux qui n'en profiteront pas, voire s'en trouveront lésés ou détruits.


Les 3 services d'accrochage scolaire de Bruxelles (Seuil, SAS Bruxelles-Midi, Parenthèses) se sont associés dans un projet de prévention générale (2015-2017) à destination des parents de jeunes en décrochage. En effet, si les jeunes sont au centre des projets des SAS, il paraissait important de laisser une place aussi à leurs parents. Entre autres initiatives pour mieux les prendre en compte, une facette de ce projet de prévention générale a consisté à mettre sur pied des groupes de parole à destination de parents de jeunes en situation de décrochage scolaire.