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On sait que le travail mené dans le secteur de l’éducation permanente est régi par un nouveau décret, remplaçant celui de 1976. Une des particularités saillantes du nouveau dispositif législatif est de conditionner l’agrément des associations à la réalisation de types d’actions très spécifiques: soit, pour faire bref, des actions d’animation à l’intention du public populaire, des actions de formation de professionnels, l’élaboration d’outils d’intervention ou de travaux de recherche (analyses ou études) ou enfin des campagnes de sensibilisation.

L’analyse qui est présentée ici est le résultat d’une recherche participative menée avec les responsables de l’association Le Miroir Vagabond, Christine Mahy et Daniel Séret.

Le Miroir Vagabond est situé à Hotton et développe une activité non seulement multiforme, mais aussi reconnue comme innovante.

Centre d’Expression et de Créativité, Organisme d’Insertion Socio-professionnelle, Agent de concertation pour le plan « Habitat permanent » de la Région wallonne, responsable d’un « Contrat de pays » pour la Communauté française, l’association est aussi bien active dans le domaine social que dans le domaine culturel. Elle a bénéficié de nombreux prix et distinctions.

Scène liminaire

Partons d’une scène répétitive dans La recherche: le narrateur, amoureux de la duchesse de Guermantes, s’efforce de capter son attention en la croisant tous les jours - «par hasard» - pendant sa promenade. Stratégie inefficace si ce n’est paradoxale: la duchesse lui répond d’un salut sec qui cache mal l’ exaspération que lui cause le cérémonial du croisement faussement fortuit. Mais tout change brusquement: se rendant à une invitation de la tante de la duchesse, la marquise de Villeparisis, le narrateur voit cette fois Oriane de Guermantes dans le cadre social ad hoc. Dûment adoubé, il reçoit l’invitation qui faisait l’objet de tous ses désirs ; et c’est un premier enseignement : pas de rencontre possible sans une médiation appropriée.

alain_touraineAlain Touraine pose que pour comprendre le monde d’aujourd’hui, il convient d’identifier la place centrale qu’occupe le paradigme culturel comme clé de compréhension.

A plusieurs reprises, le sociologue apporte comme preuve de la prégnance de ce nouveau paradigme l’émergence de problèmes nouveaux qui sont ceux qui passionnent l’opinion, déchaînent les passions, suscitent l’intérêt: problèmes d’éducation ou de santé, problèmes liés au choix d’un style de vie par exemple (préférences sexuelles, liberté de choix par rapport aux grandes questions existentielles: fécondité, fin de vie, croyances...).

Les récents travaux d’Alain Touraine défendent la thèse que le monde d’aujourd’hui ne se comprend réellement qu’en le référant à un paradigme culturel. Son dernier ouvrage, consacré à l’analyse comparée des propos tenus par différents groupes de femmes, présente leur monde à partir d’un titre à double entente: Le monde des femmes souhaite rendre raison de la « condition » féminine à partir d’une lecture paradigmatique nouvelle ; le titre laisse aussi entendre que nous entrons dans un monde où la « culture » féminine constitue un apport décisif, en termes de questions comme de manières d’agir ou de vivre ensemble.

Ces travaux ont le mérite majeur d’attirer notre attention à la fois sur l’importance de nouvelles questions « sociétales » et sur des manières appropriées de les poser et de les raisonner.