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On connaît la fâcheuse mésaventure de ceux qui sont par inadvertance tombés dans des sables mouvants : plus ils se démènent pour s'en sortir, plus ils s'enfoncent. C'est ce qui est arrivé à ce chômeur de 50 ans, certainement pas seul de son espèce.

En cette période où d'aucuns nous annoncent la fin du monde pour le 21 décembre, mais où se vendent aussi les horoscopes pour 2013, Jean Blairon recense les argumentaires du discours interprétatif des gourous de l'apocalypse. 

Ils sont partout autour de nous, mais ce ne sont pas ceux qu'on pense...

En 2009, nous avons publié La révolution que nous attendons.

Au départ d'un texte écrit peu après la révolution de 1830 en France, dans lequel des ouvriers lyonnais revendiquaient que leurs bras soient reconnus comme première source de richesse, nous examinions dans cette analyse les parallélismes que l'on pouvait faire avec la situation actuelle.

Aujourd'hui, Jean Blairon, Jacqueline Fastrès, Emile Servais repartent du même texte de 1833 en s'intéressant cette fois au raisonnement qu'il contient à propos des conditions d'apparition d'un mouvement social.

En février 2012, nous avions publié « En haut et en bas » - Emprise de l'Etat et positions sociales. Dans cette analyse nous dénoncions notamment, à propos de la campagne "hiver 2012" de la RTBF, "l'appauvrissement du sens de ce qu'est l'appauvrisement". Nous mettions en lumière un traitement diamétralement opposé des personnes selon leur position sociale : pour les pauvres, individualisation des responsabilités et des épreuves (il faut prouver qu'on "mérite" son aide sociale), et désindividualisation des droits (en couple, on voit son chômage fondre). Pour les riches, désindividualisation des responsabilités et des actions (anonymat protecteur) et protection individuelle des profits (mécanismes qui permettent d'éluder l'impôt). Nous avons souligné le rôle de l'Etat dans cette situation.

Dans son dernier ouvrage, Après la crise, consacré à la crise de 2007-2009 qui semble se poursuivre par à-coups successifs, Alain Touraine écrivait « Le but à atteindre est la reconstruction d'un ensemble vivant et actif, ce qui passe par une redéfinition des principaux acteurs par eux-mêmes, une bonne connaissance de l'ennemi à combattre et la conscience des enjeux communs qui existent entre les acteurs sociaux. C'est la conscience de l'adversaire qui est la plus facile à acquérir. »
Après avoir analysé successivement l'adversaire et l'enjeu dans des analyses antérieures, Jean Blairon s'attache ici à l'acteur, achevant ainsi d'examiner le cycle des composantes de la production de la société par elle-même, telle que la définit Alain Touraine.

Dix ans de médiation, dix ans de leçon ? - Réflexions sur le travail social à l'occasion de l'anniversaire du Centre de Médiation des Gens du Voyage

 

Le 11 octobre 2011, le Centre de Médiation des gens du Voyage et des Roms en Wallonie fêtait son 10è anniversaire, lors d'une journée d'étude. Cette analyse est la retranscription de la conclusion de cette journée, assurée par Jean Blairon. En partant de la question du nom que s'est choisi l'association vu comme un catalyseur, et de sa formule emblématique « Gens de partout, gens de chez nous », il expose une analyse des principes de médiation du Centre.

Dans une analyse antérieure (« L'adversaire, après la crise ») nous avons examiné les thèses qu'Alain Touraine défend dans son dernier ouvrage « Après la crise ». Nous avons montré que la définition qu'il donne de l'adversaire pose des questions majeures aux acteurs du contre-pouvoir.

Nous poursuivons en analysant comment Touraine définit les enjeux communs aux acteurs sociaux. Par « enjeu », le sociologue entend une ressource centrale pour le conflit, plus ou moins structuré et structurant, qui est au centre de la production de la société, et autour duquel les acteurs se rassemblent et s'opposent à la fois, se disputant sa possession et son interprétation.

Dans une analyse antérieure, Jean Blairon proposait une réflexion sur l'adversaire que les acteurs du contre-pouvoir doivent pouvoir identifier pour le combattre. Il s'appuyait pour ce faire sur le dernier ouvrage de Touraine, Après la crise, et montrait qu'il n'y avait plus consensus sur cet adversaire, ce qui a bien entendu des répercussions sur les mouvements sociaux, anciens ou  émergents, qui ne savent plus « à quel adversaire se vouer ».

Le « cadre d'auto-évaluation des fonctions publiques » (CAF) introduit la « logique client » comme référence de l'action publique. Les définitions, d'une opportun(ist)e imprécision, du terme « citoyen/client » recouvrent une traduction opérationnaliste du terme « service public » en « services au public » et remplacent la culture du service public par une logique instrumentale. Cette extension tous azimuts des logiques marchandes constitue un des «  chevaux de Troie » si difficile à combattre par les mouvements sociaux.

Cette analyse propose une réflexion sur ce que peut être « l'adversaire », aujourd'hui. « L'adversaire », c'est celui qu'il convient de combattre, dans le conflit central de la société, auquel Alain Touraine a consacré ses travaux. Pour le sociologue, ce conflit a longtemps été social, mais les choses sont en train de changer. Aujourd'hui, pour sortir de la crise financière mondiale, il faut que les acteurs du contre-pouvoir se renouvellent, qu'ils deviennent des acteurs plus moraux que sociaux, pour revendiquer la création d'une nouvelle société. Touraine nomme trois conditions pour que ce mouvement prenne de l'ampleur : une bonne connaissance de l 'adversaire, une redéfinition des acteurs par eux-mêmes, et enfin la conscience des enjeux de la lutte.

Au départ d'entretiens avec deux travailleurs de la grande distribution, cette analyse illustre, par le point de vue des acteurs de terrain, deux manière de vivre la politique des grandes chaînes de distribution (anonymisées), qu'il convient de ne pas mettre hâtivement dans le même schéma de fonctionnement. Quatre analyseurs ont été utilisés :

  • le sens et la valeur donnés collectivement au travail par l'entremise de l'entreprise ;
  • les formes d'investissement dans le capital culturel des travailleurs ;
  • la forme que prennent les collectifs de travail au sein de l'entreprise ;
  • et enfin, l'efficacité des entreprises telle qu'elle est vue par leurs employés.

Le réseau Idée (Réseau d'information et de diffusion en éducation à l'environnement) se pose la question de savoir si les « acteurs éducatifs » peuvent constituer le levier d'un changement social de grande ampleur ; le Réseau annonce un colloque en 2012 pour mettre  cette thématique en débat. Pour nourrir la réflexion, il convient de se démarquer des utilisations abusives des thèmes de l'acteur et du changement.

Cette analyse balise les trois pièges à éviter, en proposant de suivre un auteur comme Félix Guattari qui posait que le changement social se produit d'abord à un niveau qu'il appelait moléculaire ou micro. Est-il possible, au départ de ces actions, de produire un changement de grande ampleur? L'analyse propose quelques pistes en ce sens.

On doit à Robert Castel une réflexion sur la notion de désaffiliation, qu'il présente comme un « décrochage par rapport aux régulations à travers lesquelles la vie sociale se reproduit et se reconduit ». La dérégulation du travail et la reconfiguration des protections sociales ont amené un nombre grandissant de personnes à devenir des « individus par défaut », désaffiliés, dans une société où le thème de la responsabilisation individuelle ne cesse de gagner du terrain. Ces personnes sont ainsi considérées comme« éloignées de l'emploi », et les politiques d'emploi cherchent, en les « activant », à les rapprocher de celui-ci. Cette forme de lutte contre la désaffiliation met alors l'emploi au centre des forces centripèdes, cherchant à ré-aimanter ceux que des forces centrifuges ont mis « out »; les résultats sont cependant rien moins qu'évidents. Or, il est possible de retourner ce schème, de considérer que c'est l'emploi qui s'est éloigné de ces personnes, et qu'une politique d'emploi appropriée peut permettre de se rapprocher d'elles.

Analyse de l'expérience du Miroir Vagabond

Le SPP Intégration Sociale a commandité à l'asbl RTA une recherche-action visant à observer de l'intérieur une expérience de lutte contre la désaffiliation sociale menée par une association de terrain. Il s'agissait par ce biais d'étudier le rôle que peut jouer l'acteur associatif dans cette lutte, les conditions de possibilité de celle-ci et d'identifier les modes souhaitables de soutien public à de telles initiatives.

Postface de Jean Blairon

Pratiquer l’éducation permanente dans l’univers carcéral n’est pas gagné d’avance. Car il s’agit d’abord d’appréhender un système pénitentiaire dans lequel les personnes détenues vivent le sentiment d’être niées, de ne plus exister, de ne plus avoir aucun droit. De devenir des « inutiles au monde ».

Dans ce contexte où l’autonomie des individus est mise à mal, quelle est la pertinence et la portée de projets de formation dont l’objectif est de soutenir les personnes dans leur capacité d’être sujets, de se reprendre en main ? A quelles conditions est-ce possible ? Quelles traces ces initiatives laissent-elles chez ces détenus participants ?

L’année internationale de lutte contre la pauvreté s’achève. La revue Politique consacrera son premier numéro de 2011 à cette thématique, en se posant la question « l’image des pauvres se sera-t-elle modifiée » après ce coup de projecteur international ?

L’interfédé des EFT et OISP a souhaité consacrer un numéro de sa revue, L’essor de l’interfédé, à la question de l’évaluation des stagiaires. Jean Blairon, sollicité dans ce cadre, a choisi de lire la thématique par la lorgnette de l’analyse institutionnelle.

Dans le domaine de la formation continuée d’adulte dans le secteur associatif, comme dans bien d’autres champs, il est des « analyseurs » qui permettent de jauger les conflits et les rapports de pouvoir qui s’y jouent. La thématique de l’évaluation est un de ces analyseurs, et elle nous renseigne sur un certain nombre de régressions vécues par le secteur dans la manière dont il est jugé pour ce qu’il fait.

Chronique du Forum des travailleurs sociaux de rue au Festival des Libertés

Le festival des libertés, organisé chaque automne par Bruxelles Laïque asbl, mobilise des formes d’expressions variées pour « se faire le témoin de la situation des droits et libertés dans le monde, alerter des dangers qui guettent, rassembler dans la détente, inciter à la résistance et promouvoir la solidarité ». En 2010, l’ouverture du 2è Forum des travailleurs sociaux de rue, dans le cadre de ce festival des Libertés, s'est effectuée dans la grande salle du Théâtre National. La place de la culture dans le dispositif s'est marquée dès l'abord par une scénographie particulière : sur la scène,  les impedimenta classiques des colloques internationaux ont été remplacés par des objets signifiant la présence de « la rue » ; les intervenants sont assis dans des brouettes renversées ; les tables sont remplacées par des bacs de bière. Dans le fond de la scène, à droite, une énorme poubelle nous rappelle que trop d'êtres humains sont désormais traités comme des déchets (des « surnuméraires » selon R. Castel ; des « inutiles au monde » selon A. Touraine).

Les opérateurs de l'Insertion socioprofessionnelle et de l'Economie sociale d'insertion, sont régulièrement interpellés sur l'évaluation de leurs actions et la mesure de leurs impacts par les organismes subsidiants.

De manière systématique, des  « contraintes évaluatives » sont imposées aux différents acteurs de ce secteur. L'évaluation s'inscrit bel et bien comme un levier central des politiques actuelles...

Les derniers chiffres du chômage sont tombés ! Non pas les chiffres du nombre de nouveaux chômeurs, mais ceux des ex-chômeurs. Non pas les personnes qui ont retrouvé un emploi mais les personnes qui sont exclues du bénéfice des allocations de chômage. Depuis quelques années, le «plan d'activation des chômeurs» a en effet introduit une série de conditions en vue de bénéficier durablement de ce droit à l'assurance chômage.  Sont-elles équitables ou tout simplement honorables ?

Danièle Linhart : Travailler sans les autresLa lecture du livre « Travailler sans les autres ? » de Danièle Linhart (Paris, Gallimard, 2009) prolonge utilement celle de « Perte d’emploi, perte de soi » (voir la présentation de cet autre livre dans le même dossier). C’est qu’il s’agit pour l’auteure de faire le point sur un ensemble d’enquêtes réalisées à l’écoute de diverses situations de travail. Situations de travail en milieu privé (ainsi au sein de collectifs d’ouvrières d’abattoirs) comme en milieu public (comme La Poste française), ce qui permettra à l’auteure de croiser les analyses en observant un étonnant chassé-croisé.

 

linhart_perte_emploi_perte_soiLe livre « Perte d’emploi, perte de soi » (Toulouse, Erès, 2009) est issu d’une enquête réalisée par un collectif de sociologues auprès d’un peu moins d’une centaine de travailleurs choisis parmi plusieurs milliers de victimes d’une fermeture définitive d’une entreprise française du secteur automobile, l’usine Chausson à Creil (située à une soixantaine de kilomètres au Nord de Paris), trois ans après les faits. Les faits sont chiffrés comme suit : un premier plan social de 1.104 licenciements sur 2.549 postes et un deuxième de 435, puis finalement la fermeture avec sa « remise à zéro ». Quels sont les effets de cette fermeture, même assortie d'un « bon » plan social, pour chacun des ex-travailleurs, pour les collectifs ouvriers, pour la région et finalement pour la société entière ? C'est le point de départ de cette enquête surprenante.

En cette année européenne de lutte contre la pauvreté, force est de constater que les discours angéliques sont peu suivis de mesures efficaces pour imposer aux Etats le respect des droits fondamentaux. Cette analyse propose d’identifier les facteurs de déperdition qui déforcent la lutte contre les inégalités.

Accueillir des personnes adultes handicapées en journée, telle est la mission des SAJA (services d’accueil de jour pour adultes). Derrière la mission, quelle politique d’accueil défend-on ?

En conclusion d’une journée de séminaire organisée le 26 février 2010 par le SAJA Le Tandem, Jean Blairon propose ici une lecture micro-politique de l’acte d’accueillir.

La « crise » économique que nous traversons (qui, dans les discours de beaucoup, semble relever  désormais de l'accident imprévisible dont personne ne serait responsable, comme une sorte de catastrophe naturelle...) est le théâtre d'une montée en puissance de l'obscénité.

Cette étude, réalisée à la demande du dispositif d'insertion socio-professionnelle du CPAS d'Esneux, se base sur les données recueillies auprès de stagiaires bénéficiaires de ce dispositif et des professionnels qui les encadrent.


Dans cette analyse, nous proposons plus spécifiquement des pistes de réflexion et d’action pour les services, pour éviter de reproduire à petite échelle ce qui pèse sur les Roms à grande échelle.

Dans cette étude, nous avons abordé la question au départ de la parole des familles et des services. Ce qui nous a été dit nous a amenées à nous pencher sur trois aspects mis en avant par les participants et étroitement imbriqués, menant les Roms d’une situation dramatique à une autre pire encore.

« La révolution que nous attendons (...) doit consacrer la prééminence de la richesse des bras sur toutes les autres. »
L'écho de la fabrique , 6 octobre 1833.

Au départ d'un texte écrit peu après la révolution de 1830 en France, dans lequel des ouvriers lyonnais revendiquent que leurs bras soient reconnus comme première source de richesse, Jean Blairon et Jacqueline Fastrès examinent dans cette analyse les parallélismes que l'on peut faire avec la situation que nous vivons aujourd'hui. Comment l'économie immatérielle met-elle à mal cette revendication qui peut paraître acquise et quelles seraient les conditions pour se prémunir de ce retournement?

Ce texte est la retranscription d'une intervention réalisée par Jean Blairon au CEPAG (mouvement d'éducation permanente proche de la FGTB-Wallonne) en mars 2009 devant des animateurs issus de toutes les centrales syndicales. Il s'agissait à cette occasion d'étudier l'apport possible de la sociologie de Pierre Bourdieu pour les luttes syndicales et d'interroger les « occasions manquées » - à ne plus manquer à l'avenir - pour que se manifeste un mouvement social qui réunirait associations et syndicats.