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Nous pensons que nous nous trouvons dans une autre phase de l'analyse institutionnelle que celle qui a occupé le devant de la scène dans les années soixante. A cette époque, le pouvoir était identifié à l'ordre et l'analyse institutionnelle consistait le plus souvent à faire entendre les voix discordantes qui tentaient, tant bien que mal, de s’exprimer à l’intérieur de l’institution qui entrait en analyse.

Aujourd'hui, le pouvoir s'exerce majoritairement par le mouvement, c'est-à-dire par l'obligation de changement; il est par ailleurs devenu plus intensif (il pénètre loin dans la sphère du sens et des valeurs) et extensif (il concerne tous les domaines de l'existence). Chaque citoyen, par exemple, est de plus en plus invité à se considérer comme un capital à développer, tant mentalement que physiquement et ce dans un mouvement illimité. Pour les citoyens les plus fragiles, le respect de cette obligation conditionne même l'accès à de nombreux droits (exigence de « relooking » à l'égard des allocataires sociaux, exigences d'« activation », etc.). Chacun (et dès le plus jeune âge) doit se comporter comme un « petit entrepreneur de son existence » (selon la formule de Pierre Bourdieu).

Cette obligation est également imposée aux institutions, tant par la succession des « réformes » qui semblent manifester désormais l'excellence en politique que par l'obligation de trouver, via des « mises en projet » souvent artificielles, des financements alternatifs à la mobilisation collective ou à l'investissement public.

Il s'ensuit que les institutions sont confrontées plutôt à des risques de dispersion que d'étouffement.

Nous constatons parallèlement que les institutions, d'une part, assurent un rôle de résistance irremplaçable face à une telle société centrifuge, et qu'elles inventent, d'autre part, au travers de cette résistance, des nouvelles formes de production de la société, comme nous verrons ultérieurement.