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Dans un des ouvrages qu’il a consacrés au caractère unidimensionnel de nos sociétés avancées, Herbert Marcuse notait qu’il convenait de pouvoir recourir, pour assurer une analyse critique; à de nouvelles catégories de pensée:

« L’analyse critique de cette société requiert, à tous les niveaux, de nouvelles catégories: catégories morales, politiques, esthétiques, que je tâcherai ici de faire apparaître. Je traiterai d’abord, en guise d’introduction, de la catégorie d’obscénité. »

Obscénité des contradictions qui traversent la société d’abondance, elle qui prive ses victimes du strict nécessaire, obscénité des discours des responsables, de leur ignorance complaisante (« on ne savait pas »), de la fausse sagesse de ses intellectuels :

«L’obscénité en tant que concept moral est victime, dans l’arsenal verbal de l’ordre établi, d’un emploi abusif : elle n’est jamais appliquée au comportement moral de l’ordre établi, mais toujours à celui des autres. Or, le symbole de l’obscénité, ce n’est pas la femme nue qui exhibe son pubis, mais le général qui exhibe la médaille qu’il a gagnée au Vietnam; ce n’est pas le rituel hippie, mais la déclaration de tel haut dignitaire de l’Eglise selon laquelle la guerre est nécessaire à la paix. La thérapie linguistique, c’est-àdire l’effort pour débarrasser les mots (et par là les concepts) de la signification adultérée dont les a chargés l’ordre établi, impose que les critères moraux ne soient plus fondés (ni sanctionnés) par l’ordre établi, mais par la révolte. De même, le vocabulaire sociologique doit subir une refonte radicale; il faut le dépouiller de sa prétendue neutralité, il faut systématiquement, délibérément, le « moraliser » dans l’optique du Refus.»

Cette analyse s’inscrit dans une optique libertaire dont l’hérirage est certes complexe mais elle n’a malheureusement rien perdu de sa pertinence: l’Irak a remplacé le Vietnam, l’intégrisme, le communisme, mais la morale est toujours traitée et exigée à sens unique.

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