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L'art d'un continent remixé

>> Düsseldorf, Londres et Paris, ce sont les villes par lesquelles est passé Africa Remix, une exposition d'art contemporain du continent africain. Dans quelques semaines ce sera au tour de Tokyo et de Johannesburg de la recevoir...

>> Entretien avec Simon Njami, le commissaire de l'exposition. Il nous donne sa vision de l'art contemporain du continent africain.

remix02Simon Njami est commissaire indépendant et consultant en Arts visuels auprès de l'Association française d'action artistique (AFAA). Il a entre autres organisé en 2001, 2003 et 2005 les rencontres de la photographie contemporaine à Bamako. Il est également critique d'art et co-fondateur de la "Revue noire"

Masques Dogons, Bamoum, Songye, Senoufo, rites, mythes... bref, l'art traditionnel, voilà ce qui vient souvent à l'esprit lorsque l'on parle d'art du continent africain en général. Et pourtant la production artistique ne se limite pas à cela sur ce continent. Comme dans les autres contrées, une production contemporaine est présente mais, à la différence que celle-ci n'est pas toujours très visible ni en Afrique ni sur les autres continents...

Simon Njami, commissaire indépendant, fait partie de ceux qui veulent faire découvrir la richesse et la diversité de l'art contemporain du continent africain, de la peinture aux installations vidéos. Il veut aller au-delà des stéréotypes qui collent à l'art africain, et faire avant tout connaître des artistes... un moyen pour cela: une exposition, et sa dernière s'appelle Africa Remix. Au travers de cette exposition, c'est surtout sa vision de l'art contemporain du continent africain qu'il nous livre.

Un continent source d'authenticité?

Africa Remix, le titre de l'exposition donne le ton... Parler d'une Afrique remixée c'est s'attaquer d'emblée à un cliché qui a la vie dure, celui d'un continent authentique, d'un continent qui serait source et ressources inépuisables d'authenticité pour les Occidentaux.

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Vers une reconnaissance de l'individu

Cette tendance à massifier l'Afrique se retrouve dans beaucoup d'expositions. Les artistes africains sont souvent cantonnés dans des expositions collectives consacrées uniquement à l'art de ce continent, comme si cela était gageure d'une certaine unité artistique, comme si les oeuvres présentées lors de ces expositions étaient représentatives de tout l'art d'un continent.

Africa Remix n'échappe pas à la règle de l'exposition collective, 84 artistes provenant des 4 coins du continent, plus de 200 oeuvres rassemblées... Mais Simon Njami dit avoir regroupé volontairement les artistes africains pour montrer, à la différence de beaucoup d'expositions d'art de ce continent l'absence de liens entre des artistes d'un même pays, pour prouver qu'un même thème peut être traité de manière très différente d'un artiste à l'autre. Montrer des individus et pas un groupe, c'est une étape vers la reconnaissance de l'artiste, et peut-être cela aboutira-t-il, à l'instar de l'Occident, à des expositions individuelles d'oeuvres d'un artiste africain...

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Pas d'aspect primitif dans le oeuvres

Impossible de définir "une esthétique africaine" et impossible également de trouver dans cette exposition ce que beaucoup attendraient: il n'y a rien de "primitif", de "premier", rien de "magique" dans les productions artistiques. Le temps où l'africanité était revendiquée par les artistes est révolu. Si au sortir de la colonisation, il était de bon ton de se démarquer fortement des Occidentaux. Aujourd'hui, l'artiste africain n'entend plus rien prouver par son travail. L'enjeu est ailleurs. Il n'est plus essentiellement ethnique, même si personne ne peut renier ses racines et l'influence du milieu dans lequel on vit.

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A la recherche d'exotisme!

Qu'un artiste africain soit concerné par les mêmes problèmes qu'un artiste occidental semble gêner certains commissaires d'exposition. Certains aimeraient que la mondialisation, la globalisation n'ait pas atteint l'Afrique. Qu'on puisse trouver un art totalement différent, exotique, qui refléterait l'image qu'ils se font de l'Afrique. Un art que beaucoup s'evertuent à nommer "art contemporain africain", comme pour mieux le différencier de l'art contemporain!

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Un manque d'infrastructure aux mains des Africains

Si le public se fait parfois une fausse idée de l'art contemporain du continent africain c'est peut-être aussi parce qu'il a rarement l'occasion d'y être confronté. Les artistes africains sont peu invités dans les expositions d'art contemporain même si cela commence peu à peu à changer. En outre, bien qu'une biennale d'art contemporain soit organisée à Dakar, l'Afrique manque cruellement d'infrastructure pour la promotion de l'art. Conséquence: les artistes africains dépendent des structures occidentales.

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Une position difficile

Il reste encore un long travail à faire sur le regard porté sur l'art contemporain du continent africain. La position des artistes africains n'est pas facile: vu dans l'altérité en Occident mais aussi en Afrique, car beaucoup d'africains ne se sentent pas concernés par l'art de leurs compatriotes.

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