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Table des matières
(<-Retour page 1  -  interventions de J.M. Caby, L. Baudart, P. Van Laethem, Chloé Brander, Ch. Mahy)

BernardFrancq


Prévention et désaffiliation sociale


Exposé de Bernard Francq

Sociologue

 

 

Quelques souvenirs de Robert Castel

J'ai travaillé avec Robert Castel au début des années 80. Il avait écrit un papier sur l'avancement du psycho-relationnel dans les relations sociales. Et avec Jacques Donzelot, qui avait publié un livre très célèbre que vous connaissez, on avait envie de faire un colloque ici en Belgique sur la société psycho-relationnelle. Et c'est comme ça qu'on a travaillé ensemble pour préparer ce colloque de manière très intensive. Colloque qui a connu un grand succès parce qu'il a réuni pas mal de travailleurs sociaux mais aussi de psychologues, d'anthropologues et de sociologues. Laissons les économistes de côté parce qu'on sait que ce sont des hommes omniscients. Ensuite j'ai revu Robert Castel puisque je suis membre d'un laboratoire: le Centre d'analyse et d'intervention sociologique dont le siège est à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Et donc Robert avait son bureau dans le même couloir qu'Alain Touraine, qui était mon patron de thèse, et donc on se voyait quand j'allais à Paris, on se voyait régulièrement, on se saluait et on s'échangeait les différents projets qu'on pouvait développer. Moi l'image que j'ai retenue de Robert, c'est un sociologue « durkheimien » très préoccupé par le devenir, pas l'avenir, le devenir des institutions, et qui était anxieux comme Durkheim. Quand vous lisez les travaux de Durkheim, et pas seulement «  Le suicide », Durkheim se montre très anxieux par rapport à la crise qui se fait jour au sein de la société française, la montée de l'anarchisme, et bien-sûr l'affaire Dreyfus. Qu'est-ce qu'on peut faire pour que les institutions continuent à produire du sens ? Question sociologique majeure. Et cette anxiété je la partage avec lui parce que ça fait depuis bien longtemps que j'ai participé de près ou de loin à la réflexion sur le développement des politiques en termes de protection de la jeunesse, et que mon anxiété à 67 ans ne fait que redoubler par rapport aux tendances qui sont marquantes et dont je vais parler dans mon exposé à travers les confusions qu'il peut y avoir entre les différents types de politiques.

 

Le témoignage d'un agacement

Ce que je voudrais faire c'est partir d'un agacement; parce que qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui des adolescents ? Vous entendez comme moi les discours des uns et des autres. Ils disent qu'ils sont dans une période d'errance entre internet. Et puis, identités flottantes. Ils sont incapables de mettre des limites à un nombre croissant de pratiques addictives, qui vont de jeux vidéos à la surconsommation des boissons énergisantes ou des marques de vêtements, et ça en ferait des êtres sans retenue. Ils s'impliquent peu dans la durée, leurs actions, leurs engagements sont souvent à courte vue. Bref, ils manquent de profondeur ou de caractère. Ils cultivent à l'infini des marquages et des jugements entre-eux, sur une multiplicité de critères tant socioéconomiques que culturels, tout en étant très conformistes, les filles plus que les garçons même. Ils sont démotivés en permanence, jusqu'à ne plus savoir ce qu'ils ont envie de faire dans un avenir plus qu'improbable, n'ayant plus que le nez sur la vitre. Bref, qu'ils se désintéressent de l'avenir, qu'ils rêvent sans lendemain, d'un monde chimérique ou d'une histoire de réussite sans effort et sans mérite. C'est un véritable portrait à charge, qui des parents aux enseignants en passant par nombre de psychologues et d'éducateurs, certains sociologues même, semblent rythmer des jugements, tant moraux que culturels, sur ce qui échappe même au qualificatif de « génération perdue », tant ils semblent ne ressembler à rien. Ils n'ont même pas le droit qu'on les nomme « génération perdue ». Alors, ritournelle qui dépasse largement les bars de bistrots et les soirées entre parents, et qui constitue autant de préjugés largement assumés par les adultes de toutes les classes: sexe, âge, catégorie socio-professionnelle, qui ne sentiraient plus leur jeunesse ? Et pourtant, à les écouter ces jeunes, ceux qui veulent bien parler au sociologue que je suis, c'est de désarroi, de mal à l'aise, de ressentiment, de cri et de rage qui s'exprime. Alors, j'utilise ce terme de rage parce qu'avec Jean-François Dubet en 1984 nous avons fait une recherche à Seraing. Si vous avez lu « La galère », une première partie du livre est consacrée à la jeunesse ouvrière, et on avait effectivement vu combien à Seraing le monde ouvrier était loin de se disloquer, qu'il tenait bon par rapport à la crise et par rapport à la socialisation. Mais aujourd'hui on est vraiment comme dans une sorte de procès ouvert vis-à-vis de la société adulte qui se cantonne trop facilement à un ensemble de préjugés, d'étiquettes, de mises à distance, aussi de peur, comme si elle n'était plus capable de se tourner vers elle-même et vers le mode de socialisation de ses enfants. Comme si la jeunesse n'était plus que dangereuse et inutile. Je rejoins Robert. Pourtant il regardait à deux fois. Le désarroi et le ressentiment ne s'adressent pas aux mêmes catégories de personnes ou d'institutions. Je cite : " Nous sommes mal à l'aise, au milieu de tout ça nous représentons peu de choses, et pour cause, nous ne sommes pas rentables ni économiquement ni électoralement. Nous avons même parfois l'impression de ne pas être utiles ou même de déranger ". C'est une parole qui avait été reprise lors de la campagne que la Fédération des Maisons de Jeunes avait faite à l'occasion de son 20è anniversaire. C'est dire avec clarté cette sorte d'inutilité économique et politique dans laquelle aujourd'hui la jeunesse se sent enfermée par manque de reconnaissance. Alors, ce désarroi va de pair avec du ressentiment vis-à-vis des adultes d'une manière générale: trop de préjugés, trop de mépris, trop d'incompréhension, trop de disqualification. À quoi ça rime qu'un policier dise lors d'une manifestation contre la montée du fascisme en Autriche que les jeunes sont là parce qu'ils sèchent ? Et puis il y a les cris, la rage, la révolte, l'attente. L'attente d'un dialogue, autant d'expressions qui conjuguent la dénonciation des disparités, des inégalités socio-économiques qui pèsent sur les jeunes et l'affirmation forte que le monde nous appartient, que la création culturelle est présente, que l'expression d'une autre manière de vivre avec les autres ne peut se résumer à des activités occupationnelles dans des lieux contrôlés, sinon surveillés. Il y a tout cela mélangé, pesant, clôturant, comme les murs d'une prison, avec une énergie par ailleurs du diable, avec des certitudes incertaines, avec un appel fort à plus de hauteur, plus d'oxygène, plus d'intelligence. C'est entendre aussi que la jeunesse n'est pas qu'un mot ni qu'une chose qui fait l'objet d'un traitement sociopolitique. C'est bien par rapport à ces deux affirmations, un mot et une chose, qu'il faut nous interroger pour chercher à voir quels sont les enjeux d'une supposée politique de la jeunesse aujourd'hui.

Donc je structurerai mon exposé en 3 temps. Après l'agacement que je viens de témoigner. Je veux dire que la jeunesse n'est pas qu'un mot, contrairement à ce que certains sociologues ont pu écrire et affirmer. Mais la jeunesse n'est pas non plus qu'une chose, parce qu'elle n'est pas une chose qu'on utilise pour mettre en place des politiques publiques. Donc je viendrai ensuite avec un troisième point pour montrer que nous sommes entrés dans une période où la confusion règne quand-même en maître entre politique culturelle, politique de prévention, politique sécuritaire et politique d'insertion.

 

La jeunesse n'est pas qu'un mot

Alors, d'abord la jeunesse n'est pas qu'un mot. Pierre Bourdieu a cru bon, il y a de cela plus de 30 ans, d'affirmer que l'usage du terme jeunesse dans les années 60 occultait des différences de classes sociales autour d'une catégorie fourre tout qui faisait la part belle aux yéyés des classes moyennes de l'époque qu'on appelait la génération Claude François. De manière forte, il nous engageait à voir plus à fond les disparités d'entrées dans la vie de groupes de jeunes qui, de l'ouvrier au jeune employé, en passant par l'étudiant qu'il appelait « les héritiers », à l'université, restaient marqués par des dispositions sociales et culturelles différentes. Cette analyse allait à l'encontre de celle que développait à l'époque Edgar Morin, qui y voyait la montée irrépressible d'une nouvelle manière de vivre, de s'habiller, d'écouter de la musique, de consommer, de s'engager. La jeunesse comme catégorie homogène remplaçait celle de l'adolescence, de sa crise, du conflit des générations qui retenait l'attention des psychologues, des anthropologues et des journalistes. Vous vous souvenez peut-être de ce film de Bertrand Tavernier qui disait « Hitler connait pas ». Donc on change de monde.

 

Trois niveaux de changement

Au-delà de la bataille de mots, on peut effectivement voir que depuis les années 60, le changement a été grand et il est repérable à 3 niveaux. Le premier niveau c'est celui de la durée de passage d'un état social à un autre. J'ai vécu ma jeunesse en 1960, je suis né en 1945, où les choses étaient magnifiquement ordonnées: vous rentriez à l'école, selon vos résultats vous alliez à l'école technique, voire au professionnel. Alors là c'était la galère pour vos parents. Soit vous alliez dans l'enseignement général, et encore dans l'enseignement général il fallait être bon, sinon vous alliez en moderne comme on disait. Les modernes au collège c'étaient ceux qui n'étaient pas très doués. Une fois que vous aviez terminé vos études, moi je crois que j'ai été faire ça dans une école normale (après la rhéto il y avait une année pour devenir instituteur), mais la majorité de ma classe a trouvé un emploi avant d'être diplômé. Et puis effectivement vous aviez la possibilité selon vos velléités de vous mettre en ménage ou de vous épouser, et très rapidement vous achetiez une maison. Et vous continuiez votre carrière et votre cursus de manière un peu linéaire, que l'on a résumé un peu outrageusement en disant qu'il y avait 3 moments dans la vie. Cette temporalité-là s'est brisée à la fin des années 60. Les choses sont devenues plus compliquées, elles se sont désynchronisées entre les seuils. Et d'ailleurs c'est le deuxième changement: les conduites qui ont accompagné cette déconnection des seuils d'entrée dans la vie adulte ont été très repérables, ont été analysés pas seulement par les sociologues, aussi par les anthropologues. Un des grands livres méconnu est le livre sur les barjos. Les barjos c'est l'envers de jobar, se faire passer pour un jobar, c'est se faire passer pour un con. Comment la jeunesse, malgré ses différences de classes, devenait quelque chose qui posait question parce que c'était fini la manière linéaire de prendre pied dans la société ? Le troisième niveau de changement c'est l'engagement dans la vie publique qui n'a plus rien à voir avec ce que préconisaient ou pratiquaient les générations antérieures. À savoir un engagement ferme et idéologiquement situé par rapport à l'axe gauche-droite, laïque ou catholique, syndical, politique. Tout est devenu plus léger. On a même parlé de zapping en ce qui concerne l'affiliation à divers mouvements, organisations ou groupes de plus en plus informels. En même temps que les jeunes pratiquaient différentes expériences dans une transition qui ne vous enfermait plus dans des apprentissages de rôles: le militant, l'adhérant, le carriériste politique, et ce jusqu'à la militante politique féminine. Nous avons pu observer combien les mouvements étudiants étaient traversés par cette légèreté. Aucune adhésion ne fait plus sens en tant que tel. En même temps qu'elle est portée par un sentiment fort de dénonciation du mépris et une recherche sans fin de l'authenticité. C'est ce qui est parfois caractérisé comme appel à la reconnaissance, avec un sentiment de distance de plus en plus affirmé par rapport aux adultes, aux vieux, à leur pesanteur, à leurs certitudes basiques, à leurs reproductions. Plus grand chose à voir avec le conflit des générations des années 60 ou avec une catégorie qui était disqualifiée.

Ça ne veut pas dire pour autant que les différences sociales et culturelles se sont effacées pour laisser l'individu faire du trapèze. Un des apports de Robert Castel était de bien montrer comment dans la période actuelle nous étions en tension entre deux formes d'individualisme: un individualisme par excès fortement narcissique où l'individu n'avait que le souci de la construction de soi, et puis un individualisme par défaut qui relève de la précarité, des effets de désaffiliation. Ayant fait une recherche il y a 7 ou 8 ans avec Vie Féminine sur les femmes précaires avec Valérie Lootvoet, nous avions été frappés par cet individualisme par défaut des femmes, pour qui le besoin ou le rêve, on va dire « de quoi est-ce que vous rêvez ? », c'était de pouvoir s'arrêter pour prendre un bain, se parfumer et des choses aussi simples que ça. La recherche qu'on mène sur les familles monoparentales montre que les séparations provoquent des ravages épouvantables sur la situation des femmes.

Alors, cette triple transformation a profondément modifié la politique de la Jeunesse. Et lorsque en 1960-65 on pouvait encore penser que les politiques publiques étaient essentiellement centrées sur le scolaire, très rapidement on a pu voir avec la loi de 1965 se mettre en place une autre politique de la jeunesse. Mais avançons. C'est ici que je rejoins l'esprit de Robert Castel qui aimait toujours bien resituer historiquement de là où on venait. Je ne sais pas si vous vous souvenez de cette analyse de Max Weber à propos de la cage d'acier, dans "L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme" ? Mais bien souvent nous sommes enfermés dans une cage d'acier, parce que nous avons oublié le point d'origine d'où nous venons, nous avons perdu le sens de la société dans laquelle nous sommes.

 

L'émergence d'une politique de la jeunesse

Alors, quatre périodes ont marqué en fait l'émergence difficile d'une politique de jeunesse. La première période, après la seconde guerre mondiale, est caractérisée par un encadrement de la jeunesse par les grands mouvements sociopolitiques et syndicaux. On parle alors de la jeunesse organisée, des mouvements organisés: les scouts des différentes obédiences idéologiques, les jeunesses syndicales ou encore la jeunesse ouvrière chrétienne et différents appareils politiques qui ont tous leur jeunesse, les JGS (les jeunes gardes socialistes) qui sont le reflet d'une société belge organisée en pilier ou en grandes familles politiques. Dans les années 50, la petite voix de ceux qui sont en dehors de tout cela se fait entendre. Elle trouve qu'il y a un peu trop d'élitisme chez les scouts, un peu trop d'encadrement idéologique chez les jeunesses syndicalopolitiques. On n'est pas obligé de montrer son appartenance à une famille idéologique pour loger dans une auberge de jeunesse ou fréquenter un cinéclub dans une maison ou un club de jeunes. Un des créateurs de cette tendance, celle qui privilégie l'expression du jeune comme acteur à part entière, rappelait combien les débuts avaient été difficiles: des bénévoles avec des locaux temporaires et une aide limitée de la part des communes.

Une deuxième période, qui va de 1960 à 1975, va voir se diversifier les différentes parties en présence. On va mettre moins en évidence l'encadrement de la jeunesse que la protection de celle-ci. Et je pense que là la Belgique se caractérise souvent par une créativité institutionnelle très singulière par rapport à d'autres sociétés, mais que ces années-là ont été marquées par deux créations institutionnelles notoires. La loi de 65 sur la protection de la jeunesse, qui introduit en tout cas sur le papier un important volet préventif ayant pour objectif la réduction du nombre de placements en home pour ce qu'on appelait à l'époque "les enfant du juge". Et l'autre élément tout à fait déterminant dans la création, le ministère de la culture, qui se dissociait du ministère de l'éducation nationale, qui cristallise sinon une opposition du moins une mise à distance entre la démocratisation scolaire. C'est l'époque où l'enseignement secondaire voit arriver la génération née entre 1945 et 50. Et la démocratie culturelle où vont se conjuguer les expériences de créations culturelles, une autre manière de pratiquer l'éducation, elle se veut permanente celle-là, et les innovations en matière de santé, de luttes urbaines qui semblent échapper au appareils politiques et syndicaux traditionnels. Vous aurez tous reconnu le père qui est derrière cette affaire-là, à savoir Marcel Hicter, qui est un homme extrêmement important, et on en oublie souvent l'apport. Alors, cet appareil institutionnel n'occupe que le devant de la scène. En coulisse, bien des choses sont en train de changer: les engagements idéologiques sont moins automatiques, plus critiques aussi dans le mouvement étudiant par exemple, les pratiques sont plus près du terrain, sur le mot d'ordre : « il faut changer les choses là où elles ont lieu et plus dans les camps scouts, dans les colonies de vacances, dans les congrès des jeunes libéraux » - sic. Les transformations des politiques de jeunesse sont alors majeures: les animateurs bénévoles cherchent à se faire entendre au nom d'une ouverture démocratique et culturelle; les maisons de jeunes commencent à se multiplier; les jeunes eux-mêmes cherchent des lieux où ils peuvent se retrouver, se rencontrer autrement qu'au café du commerce. Tout doucement les activités se veulent moins occupationnelles, plus proche de ce que souhaitent les jeunes, de leurs projets par rapport au monde environnant, l'école, la rue, le quartier, la région et souvent l'ailleurs, au-delà de la Belgique avec les échanges de jeunes qui commencent à se développer.

En même temps, le problème majeur de la protection de la jeunesse va faire l'objet de nombre de mobilisations et de livres blancs dénonçant la manière dont les jeunes sont traités comme des choses qu'on place et déplace. J'ai été l'auteur d'un livre intitulé « Le nouvel ordre protecteur », qui faisait suite au "Livre blanc " où on avait essayé de mettre sur papier l'ensemble des projets et des préconisations qu'il s'agissait de mettre en ordre. Ce livre a été la transition qui a débouché sur le décret de 1991, où j'avais eu avec mon ami Jean-Pierre Bartholomé le grand plaisir, lors d'un colloque à Louvain, de dire aux représentants de Caritas Catholica qui ne nous aimaient pas, qu'on avait fini par gagner par rapport aux placements.

C'est cet ensemble d'éléments qui transforme les politiques de la jeunesse avec un net recul de l'encadrement idéologique de celle-ci. Mode d'encadrement qui était fortement marqué par la prédominance des activités occupationnelles qui rencontrait toute l'attention des parents, des maîtres d'écoles et des échevins de la jeunesse et des sports. Pour le Conseil d'Expression de la Communauté française, on avait fait une enquête sur les politiques communales de jeunesse. On avait eu du mal à trouver des échevins de la jeunesse, d'abord et avant tout l'échevin des sports, parce que ça ça marche, ça permet de répondre à la demande des parents. Alors, ce qu'on avait constaté aussi, on avait fait toute une série de débats à partir de cette recherche, je me souviens au fin fond de Marche-en-Famenne un soir, avec des jeunes complètement désespérés qui repeignaient le plafond, les murs et le sol en noir, et qui disaient « ça ne va plus, nos parents ne nous parlent plus ». Nos parents ne nous parlent plus ! On voit qu'aujourd'hui ça continue à être une tendance majeure où il faut se battre pour pouvoir parler avec ses parents. Si ce n'est pas le lieu d'énumérer les nombreux conflits qui verront le jour dans cette période entre l'occupationnel et puis l'expression créative, il faut retenir qu'ils ont bouleversé radicalement les manières de faire à l'égard des jeunes. Plutôt que de les considérer comme des membres d'un mouvement ou des clients de colonies de vacances, ils apparaissent de manière encore incertaine, comme des acteurs de leur vie. Beaucoup pensent alors qu'il faut créer les conditions de cet épanouissement et de cette reconnaissance, portée par ailleurs par la création de lieux qui n'hésitent pas à se proclamer alternatifs. Les maisons de jeunes, les centres d'accueil, les centres d'information des jeunes, les centres culturels, les maisons de la culture, sont autant de lieux qui accueillent ce que certains à l'époque appelleront encore la jeunesse non organisée. C'est l'époque où la politique de jeunesse n'est plus réductible au seul encadrement qui la caractérisait lors de la première période et à la façon de la protection avec les timides tentatives de créer des pratiques préventives. C'était ça le problème de la loi de 65, c'est que la politique de la prévention était très peu pratiquée sur le terrain. Le texte de loi était magnifique mais si on voulait voir comment ça se passait il fallait aller au Québec, puisque la loi de 65 avait inspiré la loi québécoise sur la protection de la jeunesse. Et la face éclairée était plutôt constituée des rencontres choisies de l'expression culturelle, de la création mais aussi de la dénonciation des inégalités sociales qui traversent les différents milieux et qui sera porteur du discours que Liliane Baudart a rappelé tout à l'heure. Vous savez, chez les économistes, il y a les orthodoxes et les hétérodoxes. Les hétérodoxes sont des gens bizarres. Nous nous avons la chance d'avoir une directrice de l'aide à la jeunesse qui est hétérodoxe et qui n'a pas peur d'afficher la manière dont aujourd'hui la lutte contre les inégalités sociales et contre la pauvreté est une des priorités de notre société.

La troisième période que moi j'appelle les années de plomb, 1980-1990, est marquée par la montée du chômage, les difficultés qui touchent les jeunes peu scolarisés à s'insérer dans une société avare de création d'emplois nouveaux. Alors que la protection de la jeunesse cherche sa voix dans les pratiques dites de milieux ouverts, alors que les appareils syndicaux ont les plus grandes difficultés à prendre en compte les jeunes, immigrés, femmes, fils d'ouvriers, dans les situations de précarité. Alors même que la Belgique entame un cycle de régionalisation et de communautarisation, il est question d'étranges choses comme les matières personnalisables. Les jeunes sont moins perçus comme acteurs que comme victimes, comme exclus de l'école, de la culture et du travail. Alors, une interrogation immense se fait jour du côté des politiques de la jeunesse: ne faut-il pas revenir à de l'occupationnel, à des activités de socialisation de base qui redonnent aux catégories de jeunes les plus précarisés des habitudes de vie, d'espoir ? Est-ce que les mouvements de jeunesse eux-mêmes ne doivent pas participer à ces mouvements de création d'emploi ? Que faire dans les lieux qui apparaissent comme les plus ghettoïsés, les plus fragmentés ? En même temps les espoirs ouverts par une politique d'éducation permanente, sous l'égide d'un mouvement ouvrier tant socialiste que chrétien, ne semblent pas prendre forme avec le fameux décret sur l'éducation permanente de manière décisive. Les expériences faites restent des expériences qui ne font pas l'objet d'un transfert vers d'autres lieux. La crise économique elle-même renforce les approches localisées des problèmes, ouvrant une interrogation sur les modes de coordination, sur la nature des échanges réciproques entre écoles, mouvements de jeunes, lieux de rencontres et espaces de protection; alors même que les statistiques criminelles et le vieux label de classe dangereuse sont de plus en plus utilisés pour qualifier les conduites marginales des jeunes.

Années de plomb où tout se mélange, où rien n'est vraiment décisif, où le chômage prend la tête. Les réponses vont porter sur ces deux dernières dimensions: montée de la criminalité et chômage. Comme si la Belgique rejouait éternellement le jeu de la relation causale et naturelle entre les deux. Vous savez bien, le chômage provoque la criminalité, la criminalité est explicable parce que, etc. La politique de la jeunesse est dispersée en autant de lieux, d'initiatives, de bon vouloir des communes et des CPAS à prendre en considération la situation précaire des jeunes peu ou prou scolarisés. Les réponses syndicales sont de plus en plus incertaines à travers des mots d'ordre si généraux, qu'ils mettent en avant d'abord le service qu'ils offrent plutôt que la bataille à mener au niveau culturel, alors que le décret sur l'éducation permanente en faisait les acteurs au niveau de la partie 1 du décret. Là ça a été la période difficile pour nombre d'intellectuels de voir combien ce projet d'éducation permanente des démocraties culturelles avait du mal à se déployer. Il existait mais il avait du mal à se généraliser.

 

La quatrième période, la dernière décennie du 20ème siècle jusqu'à aujourd'hui est marquée par une entrée en religion sécuritaire, et en religion d'employabilité, nouvelle manière d'estimer la probabilité des personnes à trouver un emploi. Les jeunes vont plus que jamais être considérés comme des choses qu'il s'agit de contrôler, de formater, d'activer, de surveiller. Jamais pareil mélange des genres n'aura caractérisé ce qu'il faut bien appeler les années noires. Le sécuritaire fait son apparition au niveau local avec des budgets et des moyens conséquents. Bernard De Vos a été un des acteurs les plus critiques en ce qui concerne la mise en place des contrats de sécurité. En même temps bon nombre d'associations vont se situer par rapport au questionnement amorcé lors de la période précédente autour de la création d'emplois. C'est sans doute là que le volume d'activité va augmenter le plus alors que par exemple, à propos des sociétés de gardiennage, on passait de 8.000 à 12.000 employés entre 1996 et 2000. Il serait faux de considérer que le sécuritaire a dû contrôler les premières tentatives de politique d'insertion, elles ont été séparées. Mais elles ont conforté l'image d'un jeune comme chose qu'il fallait soit socialiser à la base, du fait de sa défection ou de la défection des parents, par rapport à la protection de la jeunesse qui semblait impuissante. Soit punir s'ils avaient des velléités trop grandes de participer aux activités économiques criminelles ou à tout ce qui tombe du camion.

On faisait une recherche à Flémalle à la demande d'André Cools sur la situation des jeunes dans sa commune avec Didier Lapeyronnie et nous avons découvert que Flémalle était, par rapport à la région liégeoise, le haut lieu du recel. D'ailleurs, vous alliez au café, avec les mecs qui étaient là vous discutiez voiture: « bon, tiens qu'est-ce que tu aimes comme voiture toi ? » « une Mercédes » « tu en veux une ? 100.000 francs  mais tu ne sauras jamais vraiment si elle est à toi ». Ça a été le côté relativement rigolo des affaires. Là où ça l'était moins c'est que la drogue commençait à s'implanter drôlement en milieu ouvrier, notamment à Flémalle. Ce qui faisait le délire du commissaire de police à l'époque parce qu'il voulait faire la chasse à ceux qui prenaient de l'héroïne et qui étaient 27 ou 28 dans la commune, mais la drogue se situait ailleurs. Alors, en même temps que dans la plupart des pays européen, l'école a cristallisé un ensemble de manques déjà présents dans les années antérieures, mais qui n'en paraissaient que plus criants au vu du désoeuvrement, du vide, du sentiment d'inutilité exprimé avec plus ou moins de force par le mouvement hip-hop, les tageurs, rappeurs. Tout ceux qui avait ceci de fort qu'ils remettaient l'expression culturelle sur le devant de la scène, qu'ils interpellaient ceux qui voulaient socialiser les jeunes au travail en leur indiquant qu'on pouvait faire du travail créatif. On est dans une période où le mélange est maximum, mais le minimum d'action possible est fort. Parce qu'en même temps tout semble prendre l'eau: les profs, les animateurs, les échevins qui ne comprennent plus ce qui se passe dans les stades de football, les mouvements de jeunes organisés qui continuent à proposer frileusement de l'occupationnel, les étudiants plus préoccupés par le Kosovo ou le Rwanda que par ce qui se passait à deux pas de chez eux. À lire certains témoignages, les jeunes disent qu'il y a des oppositions entre les jeunes, que celles-ci ont du mal à se traiter dans les espaces publics; qu'en même temps des lieux comme les maisons de jeunes sont plus indispensables que jamais pour trouver un peu de paix, pour ne pas s'enfermer dans le jeu des compétitions et du culte de la performance. Étrange situation où le contrôle et l'activation vont donner naissance à la « société Rosetta ». Vous vous souvenez de ce film des frères Dardenne ? Dernière expression d'une politique de jeunesse qui veut donner des gages au sentiment d'inutilité vécu par les jeunes les plus précarisés. Alors que les autres sont installés dans une transition où ils prennent le temps d'expérimenter leur recherche de soi, individualisme par excès.

Alors la question c'est quand-même que ce qui s'impose là, je sais qu'on a drôlement changé par rapport à la période 1960-65, c'est que le mot d'ordre est être actif, être responsable. Deux dimensions du nouvel évangile, un arc-en-ciel, vous vous souvenez du gouvernement arc-en-ciel Verhofstadt 1, toujours au bord de l'orage d'ailleurs ? Plus les appels à l'activité sont décisifs, plus ceux à la responsabilité, souvent formulés sur le mode « pas de droits sans devoirs », apparaissent comme incontournables, et plus la jeunesse paraît "chosifiée " à travers un ensemble de dispositifs d'encadrement qui n'ont plus rien à voir avec ceux de la première période. Ce n'est plus d'un encadrement idéologique dont il s'agit, c'est d'un encadrement tout court, le plus "just in time", le plus flexible, mais réservé néanmoins à ceux qui sont le plus qualifiés, puisque tels sont les premiers résultats du plan Rosetta. Les autres sont renvoyés à leur condition de fils d'immigré, à la recherche de leurs espaces transitionnels, à leur éventuelle installation en couple. Si on joue le jeu, et il y a de l'espoir, mais ne me parlez plus de culture parce que sinon je sors, etc. Tout doucement la politique de jeunesse s'est effacée pour laisser place à des politiques d'insertion qui ont la prétention de resocialiser des jeunes en difficulté, de leur apprendre à travailler. Dit plus simplement: à apprendre à se lever le matin pour aller travailler, peu importe la nature du travail. Mécanicien, soudeur, graphiste, livreur de pizza. Société Rosetta ou l'obtention d'un travail, n'importe lequel, passe avant l'expérience amoureuse, avant le fait de se sentir vivre ensemble avec d'autres. Dérisoire illusion de l'insertion, même si ceux qui se préoccupent de l'emploi des jeunes font un travail considérable et indispensable pour limiter les phénomènes d'exclusion. Mais difficile illusion de penser que l'on existe que parce que l'on a du travail. Là avec Robert Castel, on a toujours eu des discussions. Parce que la centralité du travail, oui on peut l'affirmer mais dans les expériences et les recherches qui ont été faites, les choses sont évidemment un peu plus compliquées. Je veux dire que ce qui faisait la force d'une politique de jeunesse centrée sur l'apprentissage de la reconnaissance de soi, être acteur, s'est effacée, et qu'il est nécessaire de s'interroger sur les limites que comportent cette foutue société Rosetta.
Un mot sur les réseaux sociaux. La pire et la meilleure des choses. Un substitut de société où chacun twitte sans fin, et une incommensurable possibilité de diversifier ses compétences, ses connaissances, ses échanges. Soit tout noir, soit tout blanc. Pour se mettre à distance de ces clichés, je ne citerai ici que le livre d'Anne Barrère: « L'éducation buissonnière. Quand les adolescents se forment par eux-mêmes », paru en 2011. Elle prend à bras le corps des jugements pour en mesurer la consistance et chercher à comprendre ce qu'elle dévoile, non pas seulement comme un ensemble de stéréotypes mais comme une transformation majeure à l'oeuvre des manières d'éduquer, de s'éduquer. Puisque comme l'indique le sous-titre il s'agit de rendre compte de la manière dont les adolescents se forment par eux-mêmes. Elle a choisi de mettre en évidence par rapport aux institutions de socialisation comme l'école, la famille, le groupe de pairs, l'existence d'une éducation buissonnière faite d'activités électives qu'elle définit comme ce qui dépasse les simples loisirs, pour laisser place au choix et au goût personnel des adolescents. Téléphoner, écouter de la musique, tchater et communiquer, surfer sur internet, jouer de multiple manière, faire de la danse, du chant, du sport, et bien d'autres choses encore de manière spontanée ou organisée, solitaire ou en groupe. Soit une plongée dans le quotidien d'adolescents, garçons et filles, lycéens et collégiens. Là où se font jour les inquiétudes éducatives, ni dans le temps scolaire ni dans le temps familial, mais dans une sphère d'autonomie juvénile que les adolescents protègent du regard adulte. Ces inquiétudes, Anne Barrère les repère comme configurant quatre épreuves particulièrement significatives d'un point de vue éducatif. Les adolescents aujourd'hui doivent faire face à l'excès dans tout. Ils cherchent à vivre de manière intense, ils font un travail de singularisation, de différenciation les uns des autres, ils sont amenés à faire des choix quant à leur devenir en instaurant leur propre cheminement. Et c'est bien d'autonomie dont il est question, comme un enjeu fondamental de la construction de soi, non pas avec soi mais avec les autres bien sûr, comme aurait dit Robert Castel.

 

Mettre fin au mélange et à la confusion

C'est le troisième aspect à mon exposé: mettre fin au mélange et à la confusion. Il nous faut un instant nous retourner vers la société belge. C'est une question que posent souvent les sociologues quand ils s'interrogent sur la manière dont une société produit des catégories ou des problèmes: « quelle place les jeunes occupent dans une société ? ». Or, la Belgique se veut une société prudente. Vous en voulez des preuves ? En travaillant sur les résultats d'une enquête sur les valeurs des belges, quel ne fut pas mon étonnement de constater que 92% des personnes interrogées pensent que pénétrer dans une voiture qui ne vous appartient pas et faire un tour avec ne se justifie jamais. Alors que seulement 50% pensent qu'avoir un système politique démocratique est une très bonne chose. Entre la voiture et la démocratie il y a un sérieux écart. Plus préoccupant encore, une prise de position attire l'attention dans leurs relations aux autres. 71% des belges déclarent qu'on n'est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres. Prudence, méfiance, faible confiance, tel est l'état d'une opinion publique qui est toujours sur ses gardes. La société Rosetta c'est aussi cela, une excessive prudence dans les relations qui font que la vie quotidienne est vivable ou pas. Il est pourtant préférable que ce soit sur base d'une confiance réciproque que nous choisissions de vivre ensemble. Ce n'est pas le cas 7 fois sur 10 malheureusement. Certains diront qu'il y en a quand-même 3 sur 10 qui choisissent la confiance faute de mieux. Alors, ces données sont à mettre en relation avec ce qui se passe dans les quartiers, dans les écoles, dans les lieux publics. Tous semblent être emportés par les vertiges de l'insécurité. Ici aussi les jeunes sont sur le devant de la scène, qu'ils soient allochtones ou autochtones, politiquement corrects ou pas. Du moment qu'ils font l'objet d'une politique de discrimination appelée positive, et ils sont contrôlés sur des territoires repérables. C'est peu de dire que nous sommes dans la confusion et que la seule dénonciation des images négatives, des clichés qui disqualifient les jeunes n'est pas suffisante. On peu s'indigner, on peut s'énerver, mais qu'est-ce qu'on fait ? Les enjeux sont plus fondamentaux parce qu'il portent sur la nécessité de placer la politique culturelle au centre, afin d'éviter la reproduction des égarements constatés plus haut où la prudence et la peur font trop bon ménage. Sortir de la confusion c'est au moins poser trois questions qui placent les jeunes comme acteurs de leur vie, mieux de leur existence dans la mesure où c'est la rencontre avec l'autre qui est décisive.
Première question qu'on peut se poser: comment sortir de la confusion entre politique culturelle et politique de protection préventive ? Ce n'est pas une question simple parce qu'elle suppose une délimitation compliquée des frontières, des actions, des mots, et ça a été rappelé ce matin. Le parlement de la Communauté française soulignait combien le but de la politique culturelle n'est pas la prévention, même si elle produit des effets de prévention. Cette différence se marque particulièrement dans la distinction entre lieux d'aide et lieux culturels, mais aussi entre prévention et sécurité ou dispositif répressif. Ce n'est pas seulement une affaire de moyens. Ici les différences sont pourtant énormes. Mais une question de posture qui vise à ne pas confondre aide et expression, rite de passage et expérience tâtonnante, cliché et conduite sociale. Un débat qu'avait essayé d'ouvrir en son temps le projet de démocratie culturelle où les jeunes ne sont pas seulement considérés comme des perturbateurs mais comme des acteurs de leur quartier, de leur école, de leur vie familiale.

Deuxième question: Comment sortir de la confusion entre politique culturelle et politique d'insertion ? Ici ce sont les jeunes chômeurs qui sont d'abord concernés. Un bref état des lieux fait apparaître que les services sociaux qui rencontrent les besoins et les demandes des jeunes chômeurs de longue durée en Belgique sont nombreux. Du point de vue de leur définition légale, aucun de ces services n'est exclusivement destiné aux jeunes chômeurs de longue durée. Quand un public cible leur est assigné, il est en général défini en fonction du niveau de scolarisation, de la durée du chômage. Ces services appartiennent à des couches historiques relativement récentes. Au début de la crise il s'agissait principalement de services généralistes destinés à la formation professionnelle des jeunes, des travailleurs et des chômeurs. Ces services étaient soit des agences publiques émanant de la sécurité sociale, soit des écoles, soit des centres gérés par les partenaires sociaux des grands secteurs industriels. Je pense ici à l'apprentissage industriel, Matéo Alaluf et moi-même avions fait l'évaluation de l'apprentissage industriel dans le secteur des fabrications métalliques. C'était formidable, on en avait trouvé 500 sur 10 ans. Dès la fin des années 70 ont émergé du monde associatif quantité de services plus spécialisés et progressivement reconnus par l'Etat et soutenus notamment dans le cadre du Fonds Social Européen. Les années 90 ont été marquées par l'apparition des dispositifs initiés par les pouvoirs publics dans des logiques de programme. Leur ancrage est local, leur méthode d'intervention accentue plus souvent des logiques de coordination et de partenariat, indispensable pour faire avancer les choses. Plus généralement il faut aussi remarquer que ces services centrent leur action sur la demande d'emploi des jeunes chômeurs. Les autres demandes sont aussi prises en compte par ces organismes: logement, revenu, justice. Mais les services qui basent leur action sur autre chose que l'emploi restent quand-même rares. Il s'est constitué depuis 20 ans un secteur de plus en plus autonome dit de "l'insertion professionnelle " qui a ceci de spécifique qu'il a des difficultés à globaliser son action tant au niveau de la proximité qu'au niveau des rapports avec la culture ou les styles de vie des jeunes. On l'a déjà dit, tout est trop centré sur la resocialisation afin de préparer les jeunes à respecter horaires et habitudes de travail. Il y a là plus qu'un débat à mener sur une évaluation ou une évaluation à faire. Il y a à redéfinir les principes d'action de l'éducation permanente.

 

Troisième et dernière question: Comment sortir de la confusion majeure entre politique sécuritaire et politique de prévention ? En effet, cette politique pré-sécuritaire qui a fait le pari d'être électoralement payante, c'est le cas pas seulement pour l'extrême droite, a avalé les autres politiques en centrant les questions sur la peur, l'insécurité, les incivilités, quand ce n'est pas tout simplement sur l'absence d'éducation entendue comme une déresponsabilisation parentale à ne plus transmettre les bonnes manières, amenant l'opinion publique à développer une excessive prudence, comme je l'ai rappelé tout à l'heure, sinon une méfiance dans les rapports à l'autre. Cette confusion majeure a eu des effets de cristallisation sur les jeunes, qui sont de plus en plus considérés non seulement comme potentiellement dangereux mais comme stock à maîtriser, et cela dans le cadre territorial où le travail de proximité a résolument été réduit à un travail de contrôle social. L'enjeu pour les années qui viennent c'est de sortir de cette situation du tout sécuritaire. L'enjeu est: comment est-ce que la police prend sa place par rapport à la démocratie au niveau des modes de traitement des actes délictueux bien-sûr, mais aussi de tout ce qui a trait à la désaffiliation sociale.

Et je conclurai en disant, et ça m'a un peu frappé dans les exposés qui ont été faits ce matin. La Région wallonne et la Communauté française, je ne sais plus jamais ce qu'il faut dire, ont mis en place une politique de cohésion sociale. Or je n'ai absolument pas entendu mentionner cette politique de cohésion sociale. Robert Castel a été quelqu'un qui a jeté tout son poids justement pour sortir de la désaffiliation, pour recréer des supports indispensables qui ne soient pas seulement des supports contrôlants et sécuritaires. Il y a nécessité de repenser un projet de société autour de la cohésion sociale. Et alors là cette cohésion sociale, elle tient en deux mots: c'est la solidarité entre les différents segments, les différentes populations. Et cette solidarité elle est fondée sur la citoyenneté démocratique. Si on peut s'appuyer sur ces bases, on peut faire avancer le projet de démocratie culturelle. Merci.

Table des matières

 


PROJET 1


De la rue à la battle

Service d'Aide en Milieu Ouvert (AMO) Color'Ados - Braine l'Alleud


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Reportage
visionné lors du colloque

DanielArranz

Présentation du projet

 

Daniel Arranz

Educateur à l'AMO Color'Ados

 

C'est un projet qui a commencé en 2011 il y a plus ou moins deux ans, et qui est parti d'un travail de rue. Cela fait plusieurs années que l'AMO fait du travail de rue, pour plusieurs raisons: tout d'abord on essaye d'aller à la rencontre des jeunes pour qu'ils nous perçoivent comme une ressource. Donc qu'ils sachent qu'ils peuvent venir vers nous le jour où ils auraient un problème. Et deuxièmement pour essayer de voir s'il y a des récurrences. Donc on se balade dans tous les quartiers de Braine l'Alleud et si on voit des récurrences dans la demande des jeunes on essaye de mettre en place des projets communautaires.

Ce projet est parti de la demande d'un jeune en particulier, d'un quartier social. Et donc il expliquait sa difficulté: lui il aimait beaucoup la culture hi-hop et la danse particulièrement, mais les académies étaient beaucoup trop chères pour lui. Donc en fait en discutant avec lui je me suis aussi rendu compte qu'il n'était pas au courant qu'il y avait une maison de jeunes à 10 minutes de chez lui, ce qui m'a assez surpris. Et donc ça prouve bien que les jeunes ne sont pas toujours au courant des ressources qui les entourent. Et donc l'AMO a vraiment servi de lien entre ce quartier et la maison de jeunes. Donc très vite avec le directeur on a réussi à mettre un cours de danse en place. Et donc nous en tant qu'AMO, on a aidé, pour essayer de mettre un professeur sur le coup, un jeune professeur qui aurait du feeling avec les jeunes. La première année ça s'est passé un petit peu comme ça et petit à petit notre groupe s'est fait de plus en plus connaître, jusqu'au jour où Carolina, l'éducatrice, m'a appelé pour me parler d'un souci qu'elle avait avec ces jeunes dans l'enceinte de l'école. Donc les jeunes avaient tendance à danser un peu n'importe où et ça leur posait beaucoup de problèmes. Ils avaient des problèmes de discipline. Tous les jeunes que vous avez vus là sont plutôt habitués à être montrés du doigt à cause de leur comportement un peu trop extraverti parfois. Et donc voilà, Carolina m'a aidé aussi à mettre un espace d'expression à leur disposition au sein même de leur école. Donc elle m'a présenté ces jeunes qui dansaient déjà, et je me suis vite rendu compte qu'ils avaient un super niveau et qu'ils avaient beaucoup d'énergie à revendre. Et ils sont juste arrivés à un chouette moment où le professeur que j'avais mis sur le coup n'était plus disponible le mercredi après-midi. Et donc on a eu l'idée de proposer aux jeunes de donner cours aux plus jeunes. Nous ça nous convenait vraiment pas mal, parce qu'en tant qu'AMO on rentre vraiment là dans une démarche communautaire. Aussi bien pour les grands ados qui sont habitués à être montrés du doigt et qui ici étaient un petit peu les boss, ça ils aiment bien. Donc ils étaient responsables du cours, ça voulait dire qu'ils doivent arriver à l'heure, ils ne peuvent pas dire de gros mots, ils ont plein de choses à respecter. Donc c'est eux qui prennent les choses en main. Et alors c'est très chouette pour les plus jeunes ados qui ont des copains plus grands, c'est un peu la frime pour eux. Quand ils se baladent dans Braine l'Alleud, ils sont contents maintenant de se sentir entourés par des gens qu'ils connaissent. En tant qu'éducateurs on trouve aussi que c'est une chouette manière de fonctionner. L'AMO a plutôt tendance à se balader dans les quartiers, mais il y a quelque chose qui peut être perçu comme intrusif. Vous voyez un groupe de jeunes et vous débarquez: « salut, je suis éducateur ». Parfois ça peut les mettre mal à l'aise. Tandis qu'ici la démarche est différente. On fait quelque chose de très spectaculaire, de très grand public on va dire, et donc c'est les jeunes qui viennent, pas seulement les danseurs. Comme je le disais dans la vidéo, il y a tout un public maintenant qui s'est rajouté, il y a une vingtaine de jeunes chaque semaine qui viennent pour voir leurs copains danser en fait. Et c'est très chouette pour nous parce que ça nous permet de les connaître sans nous immiscer dans leur vie. C'est eux qui viennent et donc au début de chaque cours, je rappelle les missions d'une AMO, en quoi on peut les aider. On s'est rendu compte au niveau des suivis individuels et des co-interventions qu'on a pu faire que ça avait vraiment des effets très bénéfiques.

En tant qu'AMO on essaye aussi d'avoir un cours qui soit accessible au plus grand nombre de personnes. Et donc on essaye de faire un cours qui ne soit pas trop cher. Ça coûte 2 euros mais s'ils n'ont pas d'argent ils ne sont pas obligés de payer, pour que l'argent ne soit pas une entrave à la participation. J'essaye aussi de ne pas fonctionner par chorégraphie. Quand les gens se mettent en file et qu'ils font tous les mêmes enchaînements de mouvements. Moi c'est une pratique que je n'aime pas beaucoup pour plusieurs raisons. Tout d'abord s'il y a un jeune qui a envie de nous rejoindre en cours d'année, il pourrait être lassé parce qu'il ne connaît pas les pas et ça pourrait le bloquer. La deuxième chose, là c'est un peu plus personnel, c'est le côté expression de soi. Moi j'aime bien quand j'ai des jeunes qui arrivent, qui ne savent pas danser, partir de leurs ressources, comme quand je fais un projet communautaire c'est un peu le même principe, essayer de partir des pas qu'ils font déjà eux spontanément. Et à partir de là développer leur propre style à eux, au lieu de tous rentrer dans un moule finalement et danser avec les pas que moi je vais leur apprendre. Ça c'est quelque chose qui est un peu particulier dans la manière de créer le cours.

 



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Par rapport aux jeunes qui seraient un peu turbulents, on essaye de ne pas les exclure non plus, pour que le cours soit accessible au plus grand nombre de gens comme je l'ai dit tout à l'heure. Par facilité je pourrais en virer un ou l'autre quand il me dérange. Mais même si je dois marquer parfois certaines limites par des repères clairs, ils savent que la semaine d'après même si je les ai éjectés du cours, ils peuvent revenir. La plupart du temps on a quand-même une discussion autour d'un conflit éventuel qui se serait passé. Il y a un autre aspect aussi qui est très chouette, c'est que maintenant ma collègue Damaris vient faire le cours avec moi. Elle m'aide pour l'accueil des personnes, aussi bien au niveau des parents, que pour des nouveaux jeunes qui seraient un peu timides, qui viendraient montrer le bout de leur nez. Comme je suis plutôt là pour cadrer le cours et m'occuper des professeurs et des jeunes, je suis un peu moins accessible pour l'accueil des personnes. Mais c'est un aspect qui est vraiment super important pour nous et on se rend compte que ça a des vrais effets sur le projet.

 

Le B.A.ttle

A la fin de la première année on a fait notre premier événement qu'on a appelé le B.A.ttle, comme bonne action ou Braine l'Alleud, c'est un petit jeu de mots. Et donc on a réussi à mettre en place un événement, une compétition de danse complètement gratuite. Chaque participant est parti avec un tee-shirt, avec un logo très visible, donc c'est aussi une manière pour nous de nous faire voir et d'être plus visible. Donc si les jeunes se familiarisent avec le logo, peut-être le jour où ils passeront devant notre bureau ils auront un petit peu moins peur de franchir la porte. Donc c'est des petites méthodes. On met également le cours de breakdance dans la brochure qu'on distribue. Et alors il y a l'affiche aussi qu'on a réalisé avec les jeunes. C'est eux qui ont fait le logo, moi je les ai un petit peu aidé à faire l'affiche, et donc c'est une des jeunes qui a pris la photo. Donc dans ce genre de projet ce qu'on aime beaucoup c'est qu'il y a plein de choses à faire. Donc ça veut dire que chaque jeune peut prendre part au projet. Et donc qu'il soit danseur ou pas, il va forcément trouver une petite compétence à mettre en avant pour prendre part au projet.

 

EdwinDB

Discussion


Edwin De Boevé

Directeur de Dynamo International

 

Je m'appelle Edwin De Boevé, j'étais travailleur de rue sur Bruxelles pendant de nombreuses années et je suis maintenant coordonateur du Réseau international des travailleurs de rue. Et c'est toujours avec une grande fierté que je vois le type de boulot qui se mène maintenant un peu partout en Communauté française, c'est vraiment des pratiques extraordinaires.

La première chose que j'avais envie de souligner c'est le logo en fait de la journée, l'affiche avec les 3 cintres. Vous savez comment on nomme les jeunes qu'on retrouve aux coins des rues en Flandre ? Des « aanjongen », des jeunes qui sont « pendus ». Donc c'est comme s'ils étaient pendus à des cintres un peu partout. Et donc je trouve que l'image d'utiliser des cintres comme pour illustrer cette journée, je la trouve particulièrement bien choisie par rapport à un certain type de réalité.

Deuxième chose, j'avais vraiment envie de saluer la façon dont la journée a été organisée. Pour des raisons évidentes, congruentes, une homologie relative entre l'objet qui est étudié, la désaffiliation et la façon dont la journée est organisée. Où on a une présentation, un commentaire théorique sur des choses, des réalités, et en même temps des témoignages tout à fait concrets et réels où on se retrouve bien effectivement. Et ça c'est extraordinaire. Et c'est particulièrement extraordinaire dans un contexte où pour l'instant on aura plutôt tendance à avoir des champs qui vont se renfermer sur eux-mêmes, qui vont se crisper sur eux-mêmes. Je prends un exemple. Le champ de la théorie, le champ de l'université, du savoir, etc, et le champ du travail social. Combien de fois je ne me suis pas retrouvé dans des colloques, des conférences, des journées de réflexion théorique, universitaire, ennuyeuses à mort, avec une totale déconnection avec le terrain. Je me rappelle comme ça un colloque, en Italie, où le gars qui était assis à côté de moi expliquait sa recherche scientifique sur la population fréquentant des maisons de jeunes en Suède. Sa recherche partait de l'hypothèse que la fréquentation des maisons de jeunes est criminogène et que in fine, à travers son processus de recherche, l'hypothèse se vérifie, et qu'effectivement fréquenter une maison de jeunes c'est tout à fait criminogène. Vous voyez un peu le genre de paradigme dans lequel on est ?

 

Par ailleurs aussi, des champs sociaux, nombre de colloques ou de conférences où pendant toute une journée vous avez des acteurs de terrain qui ne viennent pas mettre des mots sur une réalité et qui ont du sens, mais viennent vous expliquer leur horaire, leurs activités: on commence à 8h, les jeunes doivent rentrer, machin, truc. Je ne sais pas si vous avez déjà vécu ça mais c'est ennuyeux à mort. Et on se rend compte que finalement vous avez comme ça des champs, des réalités, des métiers qui ont tendance plutôt à se renfermer sur eux-mêmes, à se crisper sur leurs propres expériences, sans du tout se préoccuper de champs autres. Et c'est quelque chose qui m'inquiète et je trouve que la forme que prend cette journée est justement de nature à décrisper et à décloisonner ce type de champs. Et je pense que c'est particulièrement important parce que si les groupes d'appartenance se crispent sur eux-mêmes, les alliances objectives dont on a parlé ce matin vont être de plus en plus difficile à construire. Alors, qu'est-ce qu'il y a derrière tout ça, derrière cette crispation ? Moi je n'en sais rien, je ne suis pas ni sociologue, ni psychologue ni quoi que ce soit, je suis acteur de terrain mais enfin je réfléchis quand-même. Et je me dis de toute façon derrière toute cette crispation et derrière cette question de la désaffiliation, il y a une question sociale. Et je reviens sur un commentaire que nous a fait notre directrice générale de l'Aide à la Jeunesse, Liliane Baudart, sur cette question du travailleur social politique ou acteur social, ça me paraît fondamental. En tant que travailleurs sociaux, mais aussi à travers la pratique quotidienne, on réintroduit cette question de la pratique politique: le travailleur social, l'acteur social et politique. Je ne vaispas dire comment d'après moi on peut être dans le registre politique, comment on peut être sur les questionnements politiques, mais je vais peut-être avancer 3 ou 4 idées sur comment ne pas l'être ou en tout cas comment éviter tout à fait et quelles sont les tendances qu'on observe quand-même malgré nous dans le champ social pour finalement éviter la question politique.

J'imagine un peu le travailleur social ou l'étudiant en travail social qui se retrouve devant un prof qui dit :« Vous devez être acteur social. Vous ne vous rendez pas compte la responsabilité que vous avez, toute la société, l'évolution de la société repose sur vos frêles épaules ». Première chose : attention, la question « être acteur social » n'est pas une question individuelle à mon avis. Je ne pense pas que c'est une question uniquement de positionnement individuel. Oui bien-sûr, vous avez des choix politiques que vous faites mais ce n'est pas suffisant, c'est une question collective. On l'a bien vu dans ce dont on a parlé ce matin, les alliances entre les différents secteurs, les alliances qu'il a pu y avoir entre des chercheurs, entre des acteurs de terrain notamment au regard de l'avancée sécuritaire, ça a été déterminant, c'est important. Et ce sont des alliances qui existent encore toujours et qui ont encore tout à fait leur place dans la société. Et donc on voit bien que ce qui fait avancer les questions sociales c'est la capacité des acteurs individuels de se mettre dans une perspective collective. Castel était un anti-psychiatre je crois, il était dans la mouvance anti-psychiatrique. Un autre anti-psychiatre était Félix Guattari qui parlait d'agencement collectif d'énonciations. De cette dimension d'agencement collectif qui me paraît vraiment fondamentale. Et ce genre d'activité c'est vraiment une façon d'être dans ces agencements collectifs d'énonciation.

Deuxième tendance, c'est je dirais le côté Caliméro des travailleurs sociaux. C'est « oui mais enfin nous quand on voit la réalité, ce que les jeunes vivent, à quoi bon en parler, à quoi bon essayer d'expliquer aux autres, il n'y a personne qui va comprendre, on est les seuls qui savent exactement ce qui se passe sur le terrain... ». Et donc il y a ce que Jean Blairon appelait il y a quelques années « la tentation du bon objet ». Cette tendance pour les travailleurs sociaux à se dire « finalement comme on est les observateurs privilégiés d'une certaine réalité, et bien on est peut-être les seuls à pouvoir le comprendre ». C'est une erreur, c'est une erreur flagrante. Tout le monde est tout à fait capable d'avoir de la parole sur des réalités de terrain, et on a tout intérêt à développer cette capacité à sortir aussi du discours plaintif pour être dans un discours beaucoup plus offensif.

Troisième registre. C'est cette tendance à penser que le pouvoir et l'autorité c'est toujours à l'extérieur, c'est toujours sur les autres. C'est vraiment un tort. Je pense que c'est vraiment important de se dire qu'à travers des activités concrètes collectives, ça peut paraître anodin, mais vous construisez de l'autorité, vous construisez du pouvoir. Daniel Arranz l'as bien dit, à travers cette rencontre, à travers cet espace de parole finalement, ils ont été vers une inscription beaucoup plus sociale dans la société, une confiance en soi, c'est important ça. C'est important cette idée que le pouvoir est quelque chose qui est beaucoup plus en nous, beaucoup plus autour de nous.

Quatrième et dernière petite réflexion que j'avais envie de faire: je pense que c'est vraiment important de toujours rester fidèle. De rester fidèle à la raison pratique on va dire. Vous savez, dans certains milieux on dit « il est mort, fidèle à ses convictions philosophiques ». Et bien je trouve que c'est important aussi. Comme acteurs sociaux, vous allez vous retrouver à différents niveaux de pouvoir, d'autorité, etc. C'est important de rester fidèle à du vécu tel que celui-là, de rester fidèle à ce que vous a enseigné votre pratique de terrain. Et à partir du moment où vous arrivez effectivement à vous parer de ces quatre tendances malheureusement omniprésentes, et bien oui vous pouvez vous inscrire dans une démarche politique. Moi la seule chose que j'ai envie de dire par rapport à ça c'est vraiment l'importance - et moi j'y attache énormément d'importance et tous les collègues travailleurs de rue dans le monde entier - c'est l'importance de ces espaces de parole, ces espaces où on arrive à faire circuler la parole. Et partir de la parole, retrouver ces paroles perdues parfois, pour y donner une dimension politique et collective. C'est fondamental.

 



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Table des matières

 

 

PROJET 2

 

STAR PROJET

Service de Prestations Educatives ou Philanthropiques  (SPEP) Star - Nivelles


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Reportage
visionné lors du colloque

FranceVilain

Présentation du projet

 

France Vilain

Directrice du SPEP Star


La prestation: une réponse éducative au comportement délinquant d'un mineur

Je voulais expliquer aujourd'hui ce qu'est une prestation. En quoi consiste le travail que nous faisons à Star ? C'est vrai que ce qu'on vient de voir dans le reportage, c'est le parcours, c'est la fin du parcours d'un jeune qui bénéficie d'une mesure de prestation. Mais c'est quoi une mesure de prestation ? La mesure de prestation éducative et d'intérêt général est une mesure qui est imposée par un juge de la jeunesse pour un jeune ayant commis un fait qualifié infraction. La prestation constitue donc une réponse éducative au comportement délinquant d'un mineur. Lorsque le juge de la jeunesse ou le tribunal ordonne au jeune de réaliser une prestation éducative et d'intérêt général, il lui impose d'accomplir une action bénévole en rapport avec son âge et ses capacités au profit de la collectivité. Pour Star il s'agit de promouvoir une démarche personnelle du jeune qui a du sens pour lui mais qui a aussi une utilité sociale. Notre pédagogie s'inscrit résolument dans l'esprit de la loi de 65 et du décret de l'Aide à la Jeunesse, qui fonde la réaction judiciaire sur le droit du jeune à l'éducation.

 

Un engagement bilatéral entre la société et le jeune

Les mesures éducatives prises à l'égard d'un jeune visent à favoriser son affiliation sociale et à promouvoir son émancipation et son épanouissement. Le caractère éducatif de la mesure de prestation apparaît lorsque le juge se pose comme référent symbolique de l'autorité, explique au mineur le sens de la loi, incite à une prise de conscience et une réflexion sur les fondements de notre société. Et plus particulièrement sur le contrat social qui se traduit dans le cas présent, d'une part pour la société par la prise en compte de tous, notamment les plus fragilisés, ici les jeunes en difficulté. Et du côté des jeunes, ça se traduit tout simplement par l'apprentissage du respect de l'autre et des biens d'autrui. La mesure de prestation correspond réellement à un engagement bilatéral entre la société et le jeune. La société en mettant une politique active d'insertion et les jeunes en se rendant utiles dans le respect des autres. La mesure de prestation agit pour le jeune sur les deux plans définis par Robert Castel comme facteur d'affiliation, à savoir l'insertion, pas par le travail dans ce cas ci, mais par l'activité et la sociabilité.

 



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Associer les parents

Pour Star il est important aussi dans cette mesure d'associer les parents du jeune. D'une part parce qu'ils sont les premiers éducateurs de leurs enfants et d'autre part parce que nous voulons nous appuyer sur leurs compétences. Les actes transgressifs commis par les jeunes bouleversent la dynamique familiale. Les parents veulent le meilleur pour leurs enfants, et certainement pas une trajectoire de jeunes en rupture avec la société. Comment associons-nous les parents ? Par des entretiens réguliers au domicile du jeune, avec de préférence les deux parents, ce n'est pas toujours possible mais on essaye. Pour nous il est important d'aller à la rencontre des familles plutôt que de les convoquer dans notre bureau. C'est vrai que pour une famille précarisée, se rendre dans un lieu extérieur chez l'intervenant c'est parfois très compliqué, pas uniquement économiquement mais même culturellement j'ai envie de dire. C'est compliqué. La grosse majorité de nos familles acceptent ces visites. Le travail se fait sur deux axes principaux. D'une part, une réflexion sur le contexte qui a amené la commission des faits: les difficultés que la famille peut rencontrer, ou que le jeune peut rencontrer, qu'elles soient sociales, familiales, scolaires ou éducatives. Et d'autre part, la construction d'une prestation qui doit permettre au jeune de reprendre confiance en lui en démontrant qu'il a des capacités et en s'insérant temporairement dans une réalité sociale. Nous tenons tout particulièrement à remettre tout le monde autour de la table, chacun ayant l'occasion de jouer un rôle dans le processus de réparation symbolique. C'est important aussi pour les parents de voir que les capacités de leurs enfants, de leur fils en l'occurrence parce qu'on a beaucoup plus de garçons que de filles, sont reconnues. Cela aussi participe au processus de réaffiliation. Pareille démarche, outre qu'elle permet un retour à une communication plus sereine entre les différents membres de la famille, donne aussi l'occasion au jeune de partager avec nous ses difficultés mais aussi ses compétences.

 



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Les apports de la prestation pour les jeunes

L'action réalisée lors de la prestation favorise notamment la consolidation de la confiance en soi, l'acquisition de capacités, d'attitudes, de connaissances et de savoirs faire. La prestation permet au jeune sur un plan personnel d'acquérir une image plus positive de lui-même, de la montrer à son entourage, car il voit qu'il est capable de respecter un engagement personnel, un rythme, de mettre en oeuvre ses compétences, tant sur le plan relationnel que sur le plan pratique. C'est aussi la possibilité pour le jeune de constater qu'il peut prendre une place dans une institution. C'est en agissant sur la revalorisation de son image, sur la découverte de ses compétences dans le cadre de sa prestation, que le jeune peut prendre conscience de ses capacités, de son utilité dans la société. De « bon à rien », il devient « bon à quelque chose ».

 

Un engagement entre le jeune et l'organisme

Du côté des organismes, il est important qu'ils accueillent les jeunes dans un rapport nouveau, c'est-à-dire débarrassé de l'image du jeune délinquant entre guillemets. Le jeune est simplement quelqu'un qui vient donner un coup de main pendant ses temps de loisirs, qui vient apprendre quelque chose sur le monde du travail, sur l'activité de l'organisme que bien souvent il découvre, sur la manière dont il peut faire sa place dans une équipe. Il s'agit entre le jeune et l'organisme d'un engagement social bilatéral: le jeune se rend utile en fonction de ses capacités, et les travailleurs partagent avec lui une expérience professionnelle. Et pour certains ils se placent dans un rôle de formateur, un peu comme du compagnonnage, abandonnant éventuellement une image négative qu'ils auraient des jeunes. On est dans l'échange réciproque sur le plan humain mais aussi dans les apprentissages que les uns et les autres peuvent faire sur l'autre.

 

Le type de prestations que les jeunes réalisent se fait principalement dans les domaines de l'animation sportive ou récréative, dans l'aide à l'entretien, que ce soit du jardinage, de la maçonnerie ou de la menuiserie. Certaines prestations se font dans des bibliothèques, dans des ludothèques. Quelques jeunes, de façon assez exceptionnelle c'est vrai, on voulu à titre de prévention d'ailleurs, faire profiter de leur expérience de jeune « délinquant » - entre guillemets toujours - en allant à la rencontre d'enfants plus jeunes. En se disant: il faut que ce que j'ai vécu, que ce que j'ai fait, ça serve aux plus jeunes. Alors, outre le sentiment d'utilité qu'ils peuvent avoir à ce moment-là, ils développent aussi une prise de responsabilité et une certaine autonomie. Certains jeunes donnent une suite à leur prestation : soit ils maintiennent des contacts avec l'une ou l'autre des personnes rencontrées, soit ils proposent leurs services dans le cadre d'un job étudiant, ou bien ils s'inscrivent, parfois ça arrive, comme dans une formation pour devenir animateur.

 

Une expérience positive pour le jeune

Pour nous c'est vrai qu'il est essentiel que la prestation, qui au départ est une punition, en tout cas perçue comme telle par le jeune, imposée par un juge de la jeunesse, soit finalement une expérience positive pour le jeune. Ce qui fait notre enthousiasme pour ce type de démarche, c'est d'abord une mobilisation des ressources du jeune et de la famille, c'est l'approche concrète par les jeunes de la vie associative, et donc l'apprentissage de rapports de solidarité et de citoyenneté. C'est aussi l'acquisition de repères sociaux qui facilitent la prise d'autonomie pendant cette période d'adolescence ainsi que l'insertion dans le monde du travail; une mise en oeuvre concrète des principes d'émancipation et d'épanouissement des jeunes. C'est aussi tout un travail sur la trajectoire et un processus de réaffiliation qui permet au jeune de passer du statut de « bon à rien » à « bon à quelque chose ». C'est aussi bien évidemment la prise en charge par la société de la délinquance juvénile qu'elle génère. Et plus particulièrement dans le contexte actuel où l'on assiste à un renforcement des inégalités sociales et des processus de désaffiliation. Un autre aspect est que c'est également à moindre coup social puisque les jeunes restent dans leur milieu de vie. Ce maintien dans le milieu de vie du jeune agit également contre les processus de désaffiliation. Cette mesure nous paraît être également une des meilleures réponses aux comportements délinquants de ces jeunes. Enfin, c'est une « recollectivisation » de la problématique de la délinquance juvénile avec un principe d'égalité juridique. Tous les jeunes sont considérés de la même manière, quelle que soit leur origine sociale, quels que soient leur parcours scolaire, leurs difficultés personnelles, ils sont tous capables de se rendre utile socialement. Et la prestation leur permet de le démontrer. Cette rencontre avec le monde du travail et le sentiment d'utilité qui en découle, peut leur ouvrir des perspectives d'insertion qu'ils n'imaginaient pas au préalable.

 

Les enjeux actuels pour les SPEP

Quels sont les enjeux actuels par rapport au travail des SPEP ? Dans une société où la marchandisation des rapports sociaux tendent de prendre le dessus, c'est réaffirmer la possibilité de faire vivre des solidarités entre jeunes et travailleurs. C'est de redonner le pouvoir au principe de l'égalité des chances, au moment où l'on veut nous faire croire que les jeunes sont les seuls responsables de ce qui leur arrive, en particulier les jeunes les plus précarisés. C'est prendre en compte les dimensions sociales et sociétales de la délinquance juvénile. La société doit accepter que le travail sur un processus de désaffiliation ne se règle pas dans la seule logique de l'action-réaction. C'est renforcer aussi l'engagement de la société dans un traitement de la délinquance juvénile qui insère plutôt qu'elle n'exclut, qui donne une réponse identique adaptée à chaque jeune, et qui s'appuie sur un partage de solidarité entre jeunes et monde du travail. Ce travail sur la réaffiliation nécessite du temps, au moment où l'on nous presse de plus en plus. Notre travail ne rentre pas dans une logique d'efficacité et de rentabilité. Il comporte une dimension sociale et humaine de reconstruction de l'image et de la confiance du jeune par rapport à la société. À notre échelle nous tentons, comme le dit Robert Castel, et je le cite, de « remonter dans les situations des jeunes et d'analyser avec eux et avec leurs parents ce qui favorise ou aggrave les facteurs de vulnérabilité avant le décrochage ».

 



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BernardDV

Discussion


Bernard De Vos

Délégué Général aux Droits de l'Enfant

 

La mobilisation de la société tout entière

Je voulais revenir sur quelques points. Le premier est que le reportage fait la part belle aux hôtes, à ceux qui acceptent d'avoir un regard bienveillant sur ces jeunes, et je trouve que c'est un très beau point d'ancrage, un beau point de départ. Moi j'ai été très frappé dans une situation de maltraitance, vous avez sans doute entendu parler dans la région liégeoise, une situation de maltraitance très infecte sur des enfants dans laquelle la direction de l'Aide à la Jeunesse a été fort impliquée. Moi ce qui m'avait frappé, au-delà des questions qu'on peut légitimement se poser sur le déroulement d'un suivi d'une famille, c'était le témoignage d'un voisin qui disait :« j'étais très embêté par le fait que ces enfants venaient à travers la haie demander à manger et à boire parce qu'ils n'avaient pas assez ». Et la conclusion c'était qu'il avait construit un mur entre les deux jardins pour ne plus être embêté. Et donc toute la question de ce regard bienveillant, de la cohésion sociale, se posait. On aura beau mettre en place tous les dispositifs d'aide sociale et spécialisée, on aura beau inventer les dispositifs de holding les plus perfectionnés, si la cohésion sociale, si le regard bienveillant des citoyens sur les difficultés du monde, que ce soit la pauvreté, la précarité, la désaffiliation de certains jeunes ; si cette solidarité de tous les instants n'est pas là, le petit coup de main gratuit, etc, on ne s'en sortira pas. Donc c'est le premier point et c'est super important effectivement qu'on ne se limite pas à des systèmes d'aide sociale spécialisée de plus en plus complexes. Surtout, et je sais que vous en avez parlé ce matin avec les différents niveaux de pouvoir qui s'entremêlent les uns les autres avec des difficultés de coordination, etc, tout ça est important. Je crois qu'il faut rappeler que la mobilisation de la société tout entière pour faire face aux difficultés que rencontrent nos enfants et nos familles et nos jeunes c'est quelque chose d'important.

La deuxième réflexion est sur la qualité de la prestation. C'est assez facile d'en parler aujourd'hui, on sort à peine du vote des sanctions administratives communales au gouvernement fédéral. Vous pouvez lire ces textes si vous ne l'avez pas fait, vous ne verrez rien qui ressemble à ce qui a été proposé ici. Alors, avant de parler même de la qualité de la prestation je voudrais dire aussi quelque chose de très important. Dans les deux cas, que ce soit dans les sanctions administratives communales ou dans les prestations éducatives comme vous les mettez en place, ce n'est pas libre, ce n'est pas gratuit, c'est imposé. Il y a un magistrat d'un côté ou un fonctionnaire « sanctionnateur » de l'autre qui va dire: « tu dois le faire maintenant ». Premier élément très important: quand on voit les bienfaits de la solidarité active, de la citoyenneté concrète pour les enfants, comment est-ce possible qu'on tolère de telles inégalités dans l'accès à l'utilité sociale ? Quand j'analyse ce qui se passe dans une ville que je connais assez bien, Bruxelles, je ne connais pas bien le Brabant Wallon mais je sais que vous connaissez des réalités finalement assez similaires. Quand j'analyse les politiques d'apartheid véritable à Bruxelles, je dis que certains jeunes ont accès à l'utilité sociale. Et cette utilité sociale est la preuve d'une réussite. Et donc le fait qu'on a une confiance en ces jeunes leur donne une utilité sociale, et on va tout mettre en place pour développer ça. Et donc depuis l'école jusqu'aux mouvements de jeunesse, en passant par les maisons de jeunes, les centres d'éducation permanente qu'ils vont fréquenter, ils vont être incités à être utiles socialement, à dépasser leur entre-soi et à - entre guillemet - servir. C'est toujours des termes très imbéciles et difficiles à utiliser parce qu'ils ont été tellement galvaudés dans les conceptions judéo-chrétiennes, mais c'est de servir, d'être utile à la société. De l'autre côté vous avez des jeunes dont on considère qu'ils ne serviront à rien et dont il faut se défendre. Et c'est toute l'origine des politiques sécuritaires dont vous avez certainement déjà parlé ce matin aussi. Ceux-là il faut s'en défendre, ils ne seront même pas utiles à la société, ils ne seront même pas foutus de payer nos pensions. Et donc on sait bien que c'est comme ça qu'on s'enferme dans des situations impossibles où des jeunes n'ont plus confiance en eux, n'ont plus confiance dans la société et vivent dans un monde désenchanté où ils sont en permanence brimés.

 



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Une sanction qui réaffilie

Pour les sanctions administratives communales, on parle bien de prestations citoyennes. Au départ, je vous promets, j'étais un des premiers avertis des dessins de madame Milquet, au début c'était simplement des amandes administratives, on ne parlait pas de prestations citoyennes. C'est parce qu'on est allé dire « hé ça ne va pas, doucement, il faut arrêter », qu'on a parlé de prestations citoyennes. Mais des prestations citoyennes, c'est dire : « tu vas faire un travail et puis c'est tout ». Alors, j'entends bien que dans la lettre qui est proposée dans le reportage, la jeune disait : « la prestation a suffit ». Oui, peut-être, ça arrive, mais globalement ce qui est intéressant dans les prestations comme les proposent les services de prestations éducatives et philanthropiques, c'est le fait que la prestation est là et c'est tout l'environnement qui prend du temps et ça c'est très important. L'environnement qui permet finalement à un gamin, une gamine de réparer mais aussi de réinstaurer le lien avec la société. Et ça pour moi c'est vraiment important. L'exemple que je prends tout le temps, c'est le gamin qui va taguer dans un stade de foot et on lui dit après : « comme punition et sanction tu vas passer 30h à repeindre les barrières ». Il faut que symboliquement à un moment il y ait un éducateur qui vienne avec un autre pinceau, tremper son pinceau dans le même pot de peinture, et en peignant avec lui il puisse aborder la question de la responsabilité, la question de la victime, la question de la société, la question du pardon. Enfin tout ce qu'on peut imaginer qui doit se discuter dans ce type de prestations. Je sais que ça se fait très bien dans les services de prestations, et pour moi c'est indispensable. Le pire évidemment c'est que finalement ceux qui sont le plus souvent condamnés à ce type de sanctions sont ceux qui précisément ont été le moins souvent invités à être utiles socialement avant. Et donc à l'adolescence le grand danger évidemment c'est s'il n'y a pas tout cet encadrement. Vous imaginez ? Vous n'avez jamais été dans le monde du travail, à la limite pour vous vous savez depuis longtemps que le travail ce n'est pas pour vous, vous allez sans doute passé à côté. La solidarité vous ne savez pas ce que c'est non plus. Et la première fois qu'on va proposer de travailler et d'être solidaire ça va être sous contrainte. Pour ceux qui connaissent, et on est nombreux ici, on sait ce que c'est un adolescent, la première expérience sous contrainte de ces deux valeurs fondamentales pour notre société, si on veut dégoûter à tout jamais ces gamins-là de la solidarité et du travail, on ne peut pas faire mieux. C'est pour ça qu'il faut vraiment tenir bon sur vos principes philosophiques et dire : « ce qu'on veut nous c'est effectivement qu'il y ait - entre guillemets - une sanction-réparation, mais on veut une sanction qui réaffilie, qui redonne du lien, qui remet le jeune dans la société, qui le remet à sa place et qui le remet dans un lien de confiance. Confiance en lui et confiance dans la société ».

Et puis alors, le dernier point évidemment pour moi c'est effectivement la question de l'expression, de la participation. On l'oublie trop souvent. Vous savez, dans la Convention internationale des droits de l'enfant, les droits qu'on a reconnu aux enfants en 89 dans la convention, une grosse majorité était déjà reconnue dans la Convention de Genève qui datait du début du siècle. Les deux droits fondamentaux qui apparaissent dans la convention de 89 c'est le droit à l'expression et à la participation. Et bien sachez bien que si ce sont les deux plus récents, c'est certainement les droits avec lesquels on a eu le plus de mal chez nous: faire participer, permettre à des enfants de s'exprimer sur leur ressenti, sur ce qu'ils vivent, c'est encore vraiment anecdotique. Et donc franchement belle idée effectivement d'avoir donné la parole à un jeune dans le reportage, parce que même si j'ai du mal à dire que cette lettre est représentative d'une grosse majorité des situations, c'était important que moi je l'entende aussi. On a tous des clichés.



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Table des matières

 


PROJET 3

 

Centre d'Accueil Spécialisé (CAS) La courte Echelle - Dinant

 


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Reportage
visionné lors du colloque

ThierryRalet

Présentation

 

Thierry Ralet

Coordinateur
au CAS La Courte Echelle

 

Globalement, un Centre d'accueil spécialisé prend en charge 11 jeunes filles de 14 à 18 ans, parfois jusque 20 ans, qui nécessitent une aide spécialisée et particulière eu égard à des comportements violents ou agressifs; des problèmes psychologiques graves; des faits qualifiés infraction et lorsque la demande d'accueil concerne des jeunes confiés aux IPPJ. Alors globalement moi j'ai rajouté et/ou entre chaque virgules, parce que généralement ce sont des jeunes qui combinent un peu toutes les catégories.

 

Un « no man's land » de l'exclusion

Concrètement, nous observons que ce sont des jeunes filles à la frontière entre plusieurs choses. Donc ce sont des jeunes filles qui ont globalement essayé et testé et parfois mis à mal différents services d'Aide à la Jeunesse, à la fois en non résidentiel et puis en résidentiel. De la santé mentale et de la psychiatrie: globalement ça fait appel à un autre agrément qui dit que ces jeunes filles ont des graves problèmes psychologiques voire très souvent psychiatriques. Et de l'AWHIP : nous observons là que ces jeunes filles aussi sont passées par des services d'hébergement du secteur AWHIP et pour leur comportement généralement elles sont type 1, débiles légères, et/ou de type 3, caractérielles, et parce qu'elles mettent en place leurs comportements pour lesquels elles sont placées, elles arrivent à en être exclues, et donc arrivent chez nous avec ce paquet de fardeaux. Globalement elles font partie d'une forme de « no man's land » de l'exclusion dont la plus grande caractéristique est la déscolarisation. La plus longue déscolarisation que nous ayons eue jusqu'à présent étant de 6 ans, et la jeune fille ayant 16 ans, elle n'a pas été à l'école depuis 10 ans.


Les objectifs d'un CAS

  • Investir la notion d'accueil et de respect. Je pense que l'équipe est un peu comme moi et ça fait partie intégrante de la nécessité dans un CAS, c'est d'être passionné. Pour accueillir ces jeunes filles dont personne ne veut, il faut vraiment être passionné.

  • Individualiser l'aide dans l'élaboration d'un projet de vie concret et réaliste. Alors là ça fait évidemment partie de notre méthodologie. Nous essayons de mettre en place avec ces jeunes filles un projet dans lequel elles peuvent s'investir. Donc on ne leur demande rien, elles viennent généralement chez nous sous contrainte, elles ne sont demandeuses de rien, n'ont aucun projet, et il s'agit de faire émerger un projet le plus minimal possible dans lequel elles puissent s'investir et qui soit concret et adapté à leur réalité.

  • Permettre aux jeunes de reprendre confiance en leurs capacités et compétences. C'est à la fois en termes de savoirs, savoir être et savoir faire.

  • Autonomisation. Elle est comprise comme la capacité de se fixer ses propres règles en fonction d'un cadre, d'un environnement, des us et coutumes sociétales et des lois évidemment.

  • Le travail des limites et des réalités individuelles et la stabilisation et la réinsertion sociale. Généralement les jeunes filles après chez nous, soit très rarement sont réorientées vers des services d'hébergement de type conventionnel (SAAE), soit généralement malheureusement elles vont vers un logement autonome, et/ou parfois - miracle ! - vers leur famille d'origine.

 

Les moyens

    Notre boîte à outils est composée d'une thérapie brève orientée « solution ». Donc c'est vraiment la méthodologie que nous appliquons au quotidien à tous les niveaux, tant au niveau scolaire qu'au niveau de la prise en charge quotidienne. Et des ateliers quotidiens et/ou des projets, voire des camps organisés autour de 3 axes pédagogiques. La scolarité, l'estime de soi et le dépassement de soi.

     



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AudeMinet

Présentation

 

Aude Minet

Référente scolaire
au CAS la Courte Echelle

 

La désafiliation de nos jeunes : un public en énorme souffrance

Mon travail c'est de gérer une classe. Une classe avec beaucoup d'élèves puisqu'en général elles sont une, voire deux, voire trois, voire quatre. Donc beaucoup d'enseignants pourraient m'envier mais je n'en suis pas certaine. Je suis prof de formation, j'ai travaillé 5 ans dans l'enseignement que j'ai décidé de quitter pour venir à la Courte Echelle. La désaffiliation de nos jeunes, et bien je pense que vous avez compris, c'est un public qui est en énorme souffrance. Pour vous donner un exemple: la semaine passée, une crise d'une jeune qui s'enferme dans les toilettes et qui hurle comme un chien hurlerait à la mort. Et les autres jeunes qui disent : « mais ce n'est pas possible, qu'est-ce qu'elle a ? ». Donc autant d'expression de souffrance que de souffrance vécue, mais je vous assure que la douleur se manifeste parfois de façon spectaculaire. Donc grande grande fragilité psychologique et émotionnelle. Et je vous rappelle que je suis prof, et que donc mon travail normalement c'est d'enseigner.

Ces jeunes filles sont désaffiliées parce qu'elles ont un peu de mal à comprendre parfois, eu égard évidemment à leur parcours, qu'il a du « j'ai droit » bien sûr, mais qu'i y a aussi « ma vie il n'y a rien à faire, il faut que je l'investisse ». Evidemment, dans les conditions qui sont les leurs, l'école n'existe pas, n'est pas une valeur, le travail n'en est forcément pas une non plus, mais elle va le devenir par contre. Elles sont en errance scolaire depuis parfois plus de 10 ans. Donc on se demande quand-même comment on décroche à l'âge de 7-8 ans, et comment finalement on arrive quand-même en humanité. Donc, scolarité inexistante ou précaire ! En tant que prof je ne savais pas que ça existait. Leur tissu social est évidemment des plus pauvres, voire carrément toxique. Moi je ne pensais pas que ça pouvait exister, un jeune qui n'a pas un seul ami et qui passe ses journées à la Courte Echelle, ses week-end et ses nuits à la Courte Echelle, et qui n'a pas de possibilité de sortir. C'est ça un tissu social pauvre. La grosse difficulté c'est qu'en général la souffrance est tellement forte et tellement insupportable que le jeune va complètement être dans le déni de sa situation.



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Les leviers pour réinstaurer l'école

Alors, moi pour réinstaurer l'école dans cette belle maison qu'est la Courte Echelle, j'ai trois leviers. On l'a vu dans le reportage, c'est l'envie de normalité. Elles sont en crise mais l'envie de normalité est quand-même là. J'ai ce sacro-saint rappel à l'obligation scolaire: « tu dois aller à l'école ! ». Ça peut devenir: « oui je vais aller à l'école parce que ça me fait du bien ». Et alors là c'est la motivation première des jeunes, c'est : « ha, je vais pouvoir avoir ma sortie du mercredi après-midi et je vais pouvoir rester en ville de 16 à 18 heures ». Ça c'est une motivation première mais qui est capitale pour moi. Comment est-ce que je vais faire pour essayer de remettre ces jeunes filles dans un circuit scolaire ? Et bien je vais avec l'équipe instaurer un cadre clair, c'est-à-dire qu'on dit les choses, dans notre travail social on fait vraiment tout en transparence. Donc il y a une roue du temps. D'abord qui dit « le matin tu vas te lever ma fille. Avant tu te levais peut-être à midi mais maintenant c'est fini, c'est à 8h30 en bas et c'est pour ton bien ». Ça peut paraître dérisoire se lever, mais ça veut dire se lever, ça veut dire accepter de remplir sa journée aussi. Je vais lui dire lorsqu'elle rentrera à l'école : « ton école je l'ai tous les jours au téléphone. Ça fait une heure de mon temps de travail par jour. Contact quotidien, partenariat véritable avec des enseignants et des directions. Je peux revenir en soirée. Si tu as des difficultés je peux revenir en soirée. Et donc je suis là. Et je suis quoi moi ? Je ne suis pas éduc, je suis prof ».



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Un cadre rassurant, c'est-à-dire que je serai là tout le temps, quoi qu'il arrive: « Tu peux me mettre de la craie dans les cheveux si tu as envie » - ça m'est arrivé au tout début que j'étais là - « je serai quand-même là, je ne te lâcherai pas ». Un boulot essentiel pour remettre le jeune à l'école et bien c'est la confiance, on en a beaucoup parlé ce matin. La confiance on peut l'acquérir en ne trompant pas le jeune: « tu ne vas pas venir chez moi 50 minutes pour dessiner. On ne va pas faire n'importe quoi, on va travailler vraiment comme si on était dans un établissement scolaire ». Ca redémarre comme je l'ai dit à 8 + 3, mais ça peut devenir aussi des équations à une ou deux inconnues.



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Au niveau du rythme (3X50 minutes) et au niveau du contenu, je ne les leurre pas parce que quand on est prof et qu'on voit une telle situation à 16 ans, ça ne peut pas passer. Ma grande chance par rapport au monde de l'enseignement c'est que moi je peux prendre le temps de travailler avec une jeune, deux jeunes, et de créer du lien pour restaurer cette confiance, ce qu'un enseignant n'a pas forcément l'occasion de faire. Et on va passer tellement d'heures ensemble qu'on va s'apprivoiser, et qu'elles vont progressivement me faire confiance, parce que aussi en classe, contrairement à ce qui leur arrive dans le milieu scolaire, il n'y a aucun jugement toléré, ni de ma part ni entre jeunes. Une jeune sait très bien quand elle passe la classe qu'il n'est pas question de se moquer de celle qui ne sait pas faire 8 + 3. Mais les résultats c'est qu'on sort enfin de ce rapport de force de l'enseignant et de l'élève. J'arrive à essayer qu'on ne fasse plus un bras de fer et ça me prend des mois parfois. On arrive ensemble à instaurer l'idée de l'autorité. Et l'autorité ce n'est pas quelque chose de nocif, c'est quelque chose de constructeur. Et donc un prof peut être vu comme quelqu'un d'autoritaire qui dit :« non ça tu ne feras pas ». Mais ça peut être compris par le jeune finalement comme étant quelque chose qui va le construire. Et là enfin on peut travailler véritablement. Finalement, la jeune doit elle aussi se sentir en confiance vis-à-vis d'elle-même. Parce que quand elle arrive chez nous elle est brisée, et donc là on est en plein dans la thérapie brève orientée solution. La jeune va avoir un besoin de sécurité qui va être comblé parce qu'elle va commencer tout doucement à se dire :« et bien oui je suis capable d'apprendre ». Beaucoup de jeunes arrivent chez nous en se disant : « si je ne sais pas faire 8 + 3 c'est que mon cerveau ne fonctionne pas ». Mais on va démontrer petit à petit que le cerveau il fonctionne; il y a juste eu un trou dans les apprentissages. On va donc mettre pour ça en évidence ses compétences. Je recommence de la base et progressivement on voit qu'on est capable d'avancer. On va s'adapter aussi à la réalité du moment, je ne donne pas de faux discours, je ne vais pas promettre à une jeune : « oui plus tard tu vas être médecin ». Si la jeune relève véritablement de l'enseignement spécialisé je ne vais pas lui laisser croire ça. Un prof normalement a son programme, il doit tracer. Moi mon seul programme c'est de m'adapter à leur réalité. Et donc il m'arrive de faire 10 minutes de math, 10 minutes de français et puis de la géo, et finalement dire : « on sort, on va faire de la soupe ».

 



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Va au-delà de tes peurs

A chaque petit pas évidemment chez nous on est très content, c'est toujours l'objectif minimal. Mais le petit pas est verbalisé et progressivement il devient un mètre. On va consolider les acquis forcément. Et le besoin de stimulation est quelque chose de très important, ma petite phrase clef étant : « va au-delà de tes peurs ». Une fois qu'on s'est rassuré sur soi, sur celui qu'on a en face de soi, « aller, maintenant c'est à toi, tu te prends en charge et tu vas plus loin que ta trouille ». Donc là commence vraiment mon travail de mise à niveau des compétences : « utilise-moi, je suis là vraiment pour toi envers et contre tout ». Comme je vous l'ai dit, il faut des objectifs réalistes et concrets, ça c'est très important. Quand je suis arrivée à la Courte Echelle, l'opération 8+3 ça s'apprend dans des livres de primaire, il n'est évidemment pas question d'amener des livres avec des petits dessins à des adolescentes qui sont rebelles et qui ont 16 ans. Donc j'ai un outil en math et un outil en français sur lesquels je me base pour faire des apprentissages classiques, mais ce sont des outils pour ados. Mais le résultat c'est que finalement ces jeunes qui arrivaient complètement cassées, progressivement l'idée de la scolarité revient dans leur tête.
Qu'est-ce qui peut stimuler une jeune, qui en est à cette étape-là, pour retourner à l'école ? Quand elles sont enfin inscrites elles sont fières et en général le sourire est jusqu'aux oreilles. Elles ont aussi l'envie de devenir adultes. Elles le disent dans le reportage : « moi je veux de la formation pour adulte » ou bien « moi je veux conduire une voiture parce que je veux insérer le milieu des adultes ». Donc l'idée à 16 ou 17 ans de devenir adulte ça les motive. On va s'orienter en fonction de ses capacités. Il leur faut absolument une école où elles peuvent bouger. Donc là on va en général s'orienter vers le CEFA, rarement vers le professionnel mais surtout vers le CEFA et l'IFAPME dans une option qui plaît. Alors ça c'est ma petite râlerie du jour: je ne vois pas comment on peut en tant que fille s'orienter avec une motivation certaine dans trois options généralement: le nettoyage, la coiffure et la vente. Voilà ce qui est proposé aux filles. Pour les garçons il y a plein de choses, pour les filles en général on est réduit à ça. Alors, une fois qu'on est retourné à l'école, et bien voilà, on est rattrapé par la réalité. Pour pouvoir intégrer l'école il faut un lien spécifique, on parle toujours du lien dans le social. J'ai une éducatrice dans une école à Andenne qui est extraordinaire et qui a réussi à accrocher une de mes jeunes rien que par le lien. Elle n'est pas une éducatrice qui fait des présences, elle est une éducatrice qui discute. Et donc ma jeune accroche.
L'accrochage n'est pas toujours facile, notamment arrivé à 18 ans. Est-ce que je vais trouver un travail ? Peu en trouvent parce que le décalage entre le milieu du travail, ses attentes, et ce que nos jeunes sont capables de fournir, et bien il est présent. J'ai plusieurs coups de téléphone de filles qui me disent: « ha oui je vais commencer une formation, maintenant j'ai 20 ans je vais commencer une formation pour faire ceci ou pour faire cela mais avec des adultes ». Donc ce que je sème maintenant, j'espère qu'il viendra un jour.

 

AMesbahi

Discussion


Allal Mesbahi - Conseiller du Service de l'Aide à la Jeunesse (SAJ) de Nivelles
et Aude Minet - Référente scolaire CAS la Courte Echelle



* Est-ce que le nom du service a été réfléchi pour dire ce qu'est la Courte Echelle et en quoi elle est utile pour les jeunes ?

* Quelle est la différence entre votre travail, parce qu'il est spécifique, et la réaffiliation au niveau scolaire et une équipe du Service d'Accrochage Scolaire (SAS) ?


A. Minet : Le nom « La Courte Echelle » a été réfléchi. Faire la Courte Echelle ça veut dire qu'on est là momentanément : tu vas monter et tu prends appui sur nous et tu vas monter, mais c'est toi qui montes, ce n'est pas nous. C'est l'idée aussi d'un moment, un temps dans l'histoire et pas une assistance constante. Et on va monter plus haut.

Au niveau des SAS, je n'ai eu l'occasion de travailler qu'avec un seul SAS. Je n'ai pas rencontré beaucoup de satisfaction parce que même dans le SAS notre public ne s'y retrouve pas, enfin il n'est pas à son aise. Parce que même si le SAS prend des jeunes en décrochage scolaire, les nôtres c'est au-delà du décrochage scolaire, c'est toute la blessure qui s'exprime. Et donc le SAS avec lequel j'ai eu l'occasion de travailler ne comprenait pas ça. Autre chose, dans le SAS, je ne suis pas d'accord qu'on fasse uniquement de l'occupationnel, je trouve que l'urgence est telle quand on n'a pas les bases qu'il faut vraiment faire du travail scolaire.

A. Mesbahi : Au niveau du travail que vous faites, puisque vous dites que vous êtes à la frontière entre l'aide à la jeunesse, la santé mentale, l'AWIPH et les autres acteurs, est-ce que vous êtes une équipe pluridisciplinaire et quels sont les moyens dont vous disposez ? Parce que si vous arrivez, non pas à réaccrocher mais à réintégrer les jeunes dans un tissu scolaire et de formation, quels sont les moyens dont vous disposez pour pouvoir le faire ? Est-ce que c'est transposable dans l'ensemble du secteur de l'aide à la jeunesse avec les moyens dont vous disposez ?

A. Minet : C'est sûr qu'en tant que CAS, on fait rêver beaucoup d'autres services au niveau de l'infrastructure dont on peut disposer, ne fût-ce qu'au niveau du personnel. Donc là clairement on a une équipe bien renforcée d'éducateurs. Il faut savoir que même si on a que quelques jeunes, le travail qu'on fait est fortement épuisant. Je ne néglige pas du tout le fait que dans les SAIE ce soit tout aussi épuisant, mais la gestion de la crise en permanence ça fatigue aussi les éducateurs. Donc on a une équipe d'éducateurs, on a une assistante sociale criminologue, et on a une thérapeute corporelle qui vient pour faire du bien jusque dans le corps. Certes on dispose de moyens mais je pense qu'ils sont bien nécessaires.

A. Mesbahi : Ce qui est donné au CAS est important mais je crois que les services, que ce soit résidentiel ou d'accompagnement en famille, sont importants aussi, comme les services publics qui sont des services qui n'ont pas de moyens de pouvoir travailler avec des équipes pluridisciplinaires. Ce qui est important - et c'est d'ailleurs le sous-titre de notre colloque « au-delà de l'indignation - c'est de dire que le secteur a besoin de moyens, pas seulement d'une manière indéfinie, mais en tout cas de cibler les moyens. Et c'est important aussi, là où des expériences sont concluantes et donnent des résultats, de pouvoir les réaliser de manière plus globale et de les généraliser. C'est le rôle de tout un chacun, que ce soit au niveau d'un service, mais c'est important que tous les jeunes bénéficient des mêmes moyens partout pour éviter justement cette disparité des interventions et des moyens qui sont mis à disposition.


Table des matières

 

MateoAlaluf


Conclusions



Matéo Alaluf

Sociologue


 

Je voudrais peut-être dire en deux mots les circonstances qui m'ont fait me trouver ici, puisque je ne suis ni un praticien des thèmes qui vous occupent aujourd'hui, ni un spécialiste. Donc j'apprends énormément, et c'est aussi une raison en plus d'être content. En fait il y a de cela un certain nombre de mois, j'étais à un autre colloque dont le thème était plus proche de mes préoccupations. Daniel Hanquet m'avait dit qu'il y avait encore un autre colloque en préparation où serait invité Robert Castel. J'avais en attendant promis à Robert Castel de lui montrer un jour, lors de son prochain séjour à Bruxelles, le monument au travail de Constantin Meunier qui est près du canal à Bruxelles. Et je lui avais dit à cette occasion: « quand vous venez je vais vous montrer, je vais vous faire visiter le monument au travail ». Et puis Daniel m'a contacté beaucoup plus tard pour me dire que Robert Castel était hospitalisé, qu'il ne pourrait pas venir, et il m'a demandé si j'acceptais de le suppléer, c'était encore un honneur supplémentaire. Donc ce n'est pas seulement un honneur et un privilège, c'est un honneur au carré. Bien-sûr j'ai accepté, bien que ce ne soit pas mon domaine. Dans d'autres circonstances je dirais : « je ne suis pas très compétent pour vous parler ce jour-là ». Mais là vraiment j'y vais avec enthousiasme, pour autant qu'on puisse être enthousiaste dans des circonstances pareilles.

 


La question du risque et de l'incertitude

J'ai évidemment accepté d'essayer de tirer quelques éléments de conclusion. Pour dire d'abord que j'ai connu Robert Castel il y a longtemps, à l'occasion d'un jury de thèse et d'habilitation. Nous en étions membres tous les deux, et depuis lors nous avons gardé des contacts occasionnels. Et puis il est venu à l'Université populaire de Bruxelles, dont je participe à l'animation, et il a participé notamment à un travail sur le précariat. Et puis j'ai eu la chance il y a moins d'un an de passer une semaine avec lui à Rabat où j'avais été invité pour avoir un dialogue avec lui sur la question de l'incertitude et du risque. C'est là le premier élément que je voulais avancer: à savoir l'importance dans sa pensée de cette question du risque et de l'importance de cette notion de risque dans toute la pensée sociale pour penser la société d'une certaine manière. Précédemment, la notion essentielle était celle de responsabilité. Toute la logique libérale est fondée sur l'idée de responsabilité, c'est la notion centrale du droit civil. C'est d'ailleurs ce qu'on dit aux jeunes tout le temps: « tu as causé un dommage, tu en es responsable, il faut dédommager celui qui a subi ce dommage ». Donc ça c'est l'idée fondamentale de responsabilité. Et puis on voit que dans le domaine social ça ne marche pas tellement, en particulier dans le domaine du travail; que la population ouvrière subit majoritairement des accidents de travail, des maladies; que l'on meurt très très jeune. La question de la retraite: les ouvriers d'abord se sont battus contre la retraite parce qu'ils disaient: « c'est la retraite pour les morts, nous mourrons avant et en plus on va mettre le grappin sur l'épargne populaire ». Je ne sais pas si vous avez vu le film Daens ? Vous voyez ? Les métiers à tisser, les enfants qui courent en-dessous et s'ils sont pris par le métier à tisser, et bien c'est dommage ils n'avaient qu'à faire attention. Donc l'idée de responsabilité ça ne marche pas. Toute la population ouvrière se trouve mutilée finalement par le travail, et l'idée de responsabilité ça ne marche pas. On ne peut pas imputer ça aux patrons non plus, alors ils ne vont plus amener les machines, disent-ils, et il n'y aura plus de production. Donc cette idée ne marche pas et progressivement on en arrive à une autre idée qui est très très différente et qui pense la société autrement, qui est celle du risque. À savoir, du fait même que je travaille, je suis soumis à des risques professionnels, et si je subis des dommages, il est légitime que je sois dédommagé, et mon référent devient la société. Et là nous entrons dans un autre monde, dans une autre manière de penser la société. Et je pense que cette question du risque et de l'incertitude qui lui est liée (l'invention du calcul de probabilité est un élément important dans cette vision du risque) est à la base, est au fondement d'une certaine manière de la pensée de Robert Castel sur le social.

 



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Qu'est-ce que la jeunesse

Ceci dit, je vais revenir rapidement au thème qui nous occupe. D'abord la question de la jeunesse qui a été abordée par plusieurs personnes, en particulier par Bernard Franck ce matin. Qu'est-ce que la jeunesse ? Où commence, où fini la jeunesse et où commence la vieillesse ? Ce n'est pas du tout des évidences bien-sûr tout cela. Dans sa présentation ce matin, Chloé Branders, dans une des histoires de vie qu'elle présentait, parlait d'une jeune fille qui disait : « ma mère elle croit toujours avoir 16 ans, et puis elle fait la belle partout, elle croit avoir 16 ans ». J'imagine, je ne connais pas cette histoire, j'imagine que sa mère n'a jamais joui de ses 16 ans d'une certaine manière. De même qu'elle, parce que le reproche qu'elle faisait, « je n'ai pas de jeunesse alors qu'elle est toujours jeune ». En fait, sa mère n'a jamais été jeune et elle n'est pas jeune non plus. La jeunesse, qu'est-ce qu'elle signifie dans ce cadre-là ? On a parlé également des étudiants Erasmus. Là on est jeune, ce n'est pas exactement de la même jeunesse dont il s'agit, on est là dans des univers radicalement différents. Il y a des sociétés où on n'est jamais jeune: les sociétés traditionnelles africaines par exemple où il y a des rites d'initiation où l'on passe de l'enfant à l'âge adulte. Donc ce qui fait la jeunesse chez nous c'est la scolarité bien-sûr. L'augmentation de la scolarité fait qu'il y a de plus en plus de jeunes. On est dans des sociétés assez particulières où plus on dit que la société vieillit, plus il y a des jeunes. Parce qu'ils vont plus longtemps à l'école bien-sûr. Et donc aujourd'hui d'ailleurs on a des débats assez surréalistes où on ne dit plus d'une part que les vieux vont coûter cher, parce que ce n'est pas bien de vieillir, ils vont coûter cher. Et puis à cela s'ajoute, dit-on maintenant parce qu'on vient de le découvrir, il y a aussi le coût des jeunes. Non seulement les vieux coûtent mais aussi les jeunes. C'est difficile évidemment d'envisager la société de cette manière-là. Donc c'est aussi la question que c'est aussi une lutte de générations. Ceux qui sont établis disent aux jeunes: « attendez, vous avez le temps, d'ailleurs vous n'êtes pas bons à grand chose ». Et à ceux qui sont plus âgés on dit: « vous pouvez partir ». Donc là on a toute la question, aussi bien de l'emploi que de la retraite, qui porte sur cette question de lutte de générations de ceux qui sont établis par rapport à ceux qui voudraient bien l'être, et ceux qu'on veut écarter de son champ. Donc cette question évidemment est fondamentale, à savoir qu'est-ce que c'est que la jeunesse, qu'est-ce que c'est la vieillesse ? Ce n'est pas une question d'âge, ce n'est pas une question de nature, c'est bien-sûr une question sociale; certains sont jeunes, certains sont jeunes plus longtemps, et depuis que nous sommes dans des sociétés où il y a énormément de jeunes, parce que tous les jeunes vont à l'école, donc il y a un très très grand nombre de jeunes, bien-sûr les inégalités sociales parmi les jeunes deviennent d'autant plus grandes et les jeunesses se différencient beaucoup plus qu'elles ne se différenciaient encore dans le temps.

 



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Les deux grands intégrateurs : l'école et l'emploi

Par rapport à cela on a immédiatement posé la question des deux grands intégrateurs, puisque je vais essayer de parler de l'affiliation et de la désaffiliation, mais dans une perspective sous tous ses aspects: aussi bien du point de vue des jeunes, que des vieux, des riches que des pauvres. Donc les deux grands intégrateurs: l'école et l'emploi. Concernant l'école, on a parlé du décrochage et de l'exclusion scolaire. L'idée est de dire: il faudrait valoriser l'enseignement technique et professionnel. C'est ce que l'on a avancé ce matin. La question n'est pas celle comme elle est présentée, de l'adéquation de l'école au travail. Est-ce que l'enseignement professionnel l'est ou ne l'est pas ? C'est tout le contraire qui est vrai. Ce qui est quand-même ce sur quoi on n'insiste pas assez, c'est que tout le monde n'échoue pas dans le professionnel, donc un certain nombre de jeunes réussissent un parcours dans l'enseignement professionnel; que cela est une réussite scolaire et qu'en termes d'emploi ça se transforme en échec professionnel dans la plupart des cas. Et c'est là-dessus qu'il faudrait réfléchir: quand on réussit à l'école, on ne réussit pas en termes d'emploi. Et la question n'est pas de savoir vis-à-vis des jeunes « à quoi sont-ils bons ? », c'est de savoir quelles opportunités la société offre à cette jeunesse pour pouvoir avoir quelles que demandes que ce soient à son égard. Et c'est en ce sens je pense que se pose la question de l'inadéquation des emplois, de l'inadéquation du patronat, de l'inadéquation de ceux qui tiennent des discours sur la jeunesse par rapport aux jeunes et de ce qu'ils peuvent offrir aux jeunes.

Deuxième aspect, la question liée à l'école, à l'emploi et à la protection sociale. On a fait référence ce matin à l'état social actif, à l'activation. Ce qui s'est passé je pense c'est que l'activation, l'état social actif, a inoculé chez les jeunes une grande déconsidération vis-à-vis de la protection sociale et de la sécurité sociale. C'est l'idée que si on a accès à un emploi c'est un emploi précaire, c'est un emploi qui ne constitue pas un mieux par rapport au moment où je n'avais pas d'emploi dans beaucoup de cas. C'est l'idée que quand je suis au chômage, quand je bénéficie d'un revenu d'insertion, je suis soumis à toutes sortes de contrôles, toute une série de déconsidérations, des intrusions moralisantes dans la vie des gens à partir des formes de contractualisation, etc. Christine Mahy faisait allusion à cette question de la moralisation: on moralise les pauvres, on moralise les chômeurs, cette idée de moralisation, de mise sous tutelle. Et puis de toute manière, on l'a dit : « Ils ne sont même pas bons à payer nos pensions. En tout cas ils n'auront pas de pension eux-mêmes ». Alors, qu'attendre de ce système de protection sociale qui ne fait que les embêter du matin au soir, qui ne fait que les enquiquiner, duquel ils ne recevront rien et auquel ils n'ont finalement rien à donner ? Ça c'est la vision de la protection sociale que produit la société et qui tue la protection sociale et la sécurité sociale à pas mal d'égards. Le travail de l'état social actif a été à mon avis un travail de destruction de l'état social à pas mal d'égards en particulier au regard des jeunes. C'est dans cette atmosphère que vient maintenant en avant l'idée d'un revenu inconditionnel, d'une allocation universelle. Puisque c'est foutu de ce côté-là, essayons autre chose, essayons l'idée d'une allocation universelle, d'un revenu inconditionnel. Et je crois que c'est le résultat de cette déconsidération dont est l'objet le système de protection sociale. Mais j'y reviendrai.

 

Trois grands mouvements contre révolutionnaires

Ce que je voudrais dire simplement ici c'est me référer à un grand économiste, Albert Hirschman. Un américain qui est mort au mois de décembre dernier et qui avançait l'idée que les deux derniers siècles, ou les trois derniers siècles, s'étaient caractérisés par trois grands mouvements contre révolutionnaires. Le premier grand mouvement contre révolutionnaire était celui qui avait déferlé contre les droits civils, contre la révolution française en quelque sorte. Le mouvement antirévolutionnaire contre les droits civils dont pouvaient bénéficier les protections individuelles, la population, ce qui est au fond l'héritage des lumières, ce qui revient de la révolution française. Et puis un deuxième grand mouvement contre révolutionnaire est celui qui a fonctionné contre les droits politiques, le suffrage universel, l'acquisition des droits politiques. Maintenant, disait-il, nous sommes confrontés au troisième très grand mouvement contre révolutionnaire qui est celui qui fonctionne contre les droits sociaux. Ces trois composantes de la citoyenneté que sont les droits civils, les droits politiques et les droits sociaux, il disait qu'aujourd'hui ce qui se passe, c'est une lutte contre une contre révolution qui est celle qui attaque et qui vise à tous les moments de la vie les droits sociaux. Et la sécurité sociale, tout le système de sécurité sociale s'inscrivait dans cette perspective-là, c'est là-dessus que repose l'état social. L'idée qu'on bénéficie de droits, que c'est le travail qui donne ces droits; qu'on bénéficie de droits sociaux, la sécurité sociale a pour origine le droit du travail. On bénéficie de droits sociaux mais en même temps ces droits sociaux doivent aller dans le sens de l'universalisation. Et toute la tendance a été celle-là pendant longtemps. Maintenant nous avons évidemment la tendance contraire. On parle des allocations familiales, mais les allocations familiales aujourd'hui sont universalisées. L'assurance maladie est pratiquement universalisée. Sur le chômage on a été dans ce sens-là. Donc après le fait que c'était le travail qui donnait le droit au chômage, on a eu les études qui donnaient droit au chômage. D'abord certaines études, et puis de plus en plus, et puis les études donnaient droit au chômage. Et puis on a instauré un système de stages de plus en plus longs, allocation d'attente... Maintenant on est dans la tendance contraire. Donc l'idée de la protection sociale est une protection sociale qui a pour fondement le travail, mais qui a pour vocation de s'universaliser. Ce qui se passe maintenant c'est bien-sûr la tendance contraire. Ce qui est lié à cela, c'est aussi la notion de minimas sociaux, par exemple l'allocation de chômage ou le revenu d'insertion. Voilà donc deux minimas sociaux importants. C'est évidemment quelque chose de très important et qui fait l'objet de controverses. Parmi les différentes branches de la sécurité sociale, celle qui a fait l'objet de plus de controverses et qui a été le plus difficile à instaurer a été l'allocation de chômage. L'idée de payer des gens à ne rien faire, c'est évidemment quelque chose de très violent. Donc ça a été le plus dur. Ça veut dire que les personnes peuvent avoir le choix, pourraient avoir le choix. Si le revenu de travail est inférieur à mon allocation de chômage je ne l'accepte pas. Si le travail est un travail indigne, si c'est un travail que je ne peux pas accepter, je peux le refuser parce que j'ai l'allocation de chômage. Donc l'allocation de chômage c'est important pour ceux qui n'ont pas d'emploi, parce que ça leur permet de vivre, mais c'est aussi important pour ceux qui ont un emploi. Ça veut dire que les revenus du travail ne peuvent pas aller en-deçà. C'est ce que les libéraux appellent des trappes ou des pièges à l'emploi. C'est bien la preuve que les allocations sont trop élevées, il faut toujours les baisser parce qu'on veut baisser le prix du travail. Si le niveau de l'allocation reste, le prix du travail ne peux pas diminuer. Ce qu'on appelle piège ou trappe au chômage, c'est l'idée de discipliner le salaire mais dans le sens inverse de ce que veulent les libéraux, c'est-à-dire que jamais ils ne descendent en dessous d'un seuil et que les conditions de travail soient telles qu'elles doivent attirer ceux qui n'ont pas de travail pour travailler et non pas l'inverse, ce qu'on essaye de faire.

 



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L'individu ne tient pas debout tout seul

C'est ici que Robert Castel a une expression qui est à mon avis très très forte et qui pourrait soutenir les travaux de cette journée. C'est l'idée que l'individu ne tient pas debout tout seul. Pour que l'individu puisse tenir debout, il a besoin de ressources. C'est tout ce dont on a parlé, les trois projets dont on a parlé ici. Tout ce dont vous avez parlé pendant cette journée, c'est précisément des ressources dont ont besoin les individus, les jeunes, pour pouvoir tenir debout. Et l'état social c'est effectivement l'ensemble des ressources qui permettent aux individus d'exister. Bernard disait que fondamentalement Robert Castel était « durkheimien ». Il était beaucoup de choses, Robert Castel, je ne sais pas ce qu'il était exactement. Il avait travaillé avec Bourdieu, avec Foucault, mais c'était un artisan dans son coin, il n'avait ni de maître ni d'élève, donc il faisait sa petite cuisine dans son coin. Et donc effectivement sur ça il était « durkheimien ». L'idée que individu et collectif ne sont pas deux choses différentes, que l'un ne peut pas exister sans l'autre. Pour que l'individu existe il faut qu'il y ait un collectif. Si je n'ai pas d'assurance maladie, si je n'ai pas d'indemnités de chômage, si je n'ai pas de retraite, comment est-ce que je peux exister comme individu ? Comment les jeunes dont on a parlé peuvent exister s'ils n'ont pas un certain nombre de ressources qui leur permettent à certains moments d'exister comme individu ? Beaucoup ne pourront pas exister d'ailleurs, parce qu'ils ne sont pas en situation de pouvoir développer leur individualité et exister. Pour cela ils ont besoin de ressources. Et c'est ce qu'on essaye de leur donner. Ces idées de Castel, c'est aussi l'idée d'anomie chez Durkheim pour l'individu par défaut. Et donc l'idée, on le disait tout à l'heure, c'est Daniel Aranz qui disait : « les AMO, nous voudrions être perçus comme une ressource ». Et bien c'est exactement de cela qu'il s'agit. L'état social actif de ce point de vue-là, c'est une machine de guerre contre l'état social, c'est ce que Castel appelait un effritement du salariat. C'est à partir de là que se développe ce que Castel a appelé toujours le précariat.

Pour que l'individu ait droit à la protection sociale, lorsqu'on a affaire à l'état social actif, lorsqu'on est dans ce nouveau système d'activation, il faut que celui qui bénéficie d'une aide fournisse une contrepartie à la société. On entre dans un autre monde. Alors c'est là la question de la contractualisation de l'aide qui apparaît. L'idée que toute subvention est subordonnée à la réalisation d'un projet: un projet professionnel, un projet de formation ou un projet d'intégration alors que l'on n'a pas la possibilité à aucun moment d'avoir quelque projet que ce soit par ailleurs. L'idée de responsabiliser est venue aussi. Responsabiliser précisément ceux qui n'ont pas les ressources nécessaires pour pouvoir assumer une responsabilité. Liliane Baudart disait : « leur imputer la responsabilité de ce qui leur arrive ». La protection sociale devient alors un secours conditionnel destiné aux pauvres, et non pas un droit qui permet à chacun, qu'il soit riche ou pauvre, d'appartenir à la société, en le libérant de la dépendance à l'égard des communautés intermédiaires. Et sur cette question encore on peut réfléchir à la sécurité sociale, la question des allocations familiales est aussi exemplaire. C'est l'idée, que je sois riche ou que je sois pauvre, j'ai droit aux allocations familiales. Et c'est fondamental. Est-ce qu'il est juste que quelqu'un de riche ait droit à une allocation familiale ? Oui c'est juste, parce qu'il appartient à la même société. C'est l'idée de faire partie d'un même système, qui fait que que je sois riche ou pauvre - ce n'est pas une aide aux pauvres l'allocation familiale, c'est un droit de l'enfant, c'est un pas important que l'on a fait en Belgique - j'ai droit aux allocations. C'est la même chose sur la question de l'indexation. Parce qu'on a dit « Monsieur Bellens rien qu'au niveau de son indexation il a plus que le salaire d'un ouvrier ». Mais il n'y a que sur son indexation qu'il est taxé parce que dans tout le restant c'est fait autrement. La seule partie légitime de son salaire c'est la partie qui est indexée. C'est ça qui lie les riches et les pauvres à une même société. La question de la cohésion sociale est derrière cela, elle est derrière l'allocation familiale pour tous. Elle est derrière l'indexation de tous les salaires et non pas des petits salaires.

 


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Vers une allocation universelle ?

J'en arrive ainsi à ce point que je vais développer assez rapidement, qui est celle du revenu de base inconditionnel ou de l'allocation universelle. Pourquoi est-ce que je le fais ? Parce que j'ai été sollicité quelques fois ces derniers temps et où j'ai dit pourquoi j'étais contre l'initiative citoyenne européenne pour essayer d'instaurer une allocation universelle. En Suisse il y aura une votation prochainement sur l'instauration d'une allocation universelle en Suisse. Le numéro précédent d'un journal comme le Monde diplomatique a consacré un énorme dossier sur l'intérêt et l'importance d'une allocation universelle. Beaucoup de mes anciens étudiants, pensant que je suis favorable à cette idée, ce qui n'est pas le cas, m'envoient des pétitions en me disant :

« Vous ne voulez pas signer ? » etc. Et c'est toujours présenté comme une alternative à ce que j'ai appelé les minimas sociaux: revenu d'insertion, allocation de chômage, etc. On se dit: « là on nous fait chier, tandis qu'un revenu inconditionnel ça c'est le progrès ». Quelqu'un qui est très connu maintenant, un des personnages en Belgique les plus connus, monsieur Duchatelet, patron du Standard, avait fondé un parti qui s'appelait Vivant dont le programme essentiel était l'allocation universelle. L'hiver précédent, au moment des chèques-mazout, il s'est révolté, il a dit : « Ce n'est pas bien de donner aux pauvres les chèques mazout. Ca coûte cher. Au lieu de leur donner des chèques-mazout il faut leur donner des sous ! ». Et alors qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils sont quand-même bons à rien. Ça il ne le disait pas mais c'est moi qui l'ajoute, mais le restant il le disait : « Qu'est-ce qu'ils vont faire avec ça ? Et bien ils vont aller au café, ils n'auront pas besoin de chauffer chez-eux puisqu'ils sont au café.». Voilà, ça c'est l'idée. L'Etat n'a pas à intervenir, c'est les personnes qui sont responsabilisées de leur argent et à partir de là ils sont responsables et ils doivent tirer leur plan. C'est ça l'idée essentielle telle que l'affirmait monsieur Duchatelet.

Les conséquences bien-sûr d'une allocation universelle c'est que d'abord c'est une subvention aux employeurs, contrairement à ce que l'on croit. C'est une subvention aux employeurs parce que le salaire s'ajoute à l'allocation universelle. Si on donnait un salaire les patrons eux, cela est déjà payé par le fisc par l'Etat; le salaire s'ajoute. Ça ne pèse pas sur les salaires, c'est pourquoi ça permet de rémunérer le salarié en dessous du revenu de subsistance puisqu'il y a pour le restant l'allocation universelle qui compense. Ça permet de protéger les employeurs contre toute surenchère salariale. C'est pourquoi ses partisans disent: « c'est un élément qui crée de l'emploi » ; puisque l'idée libérale est que plus le salaire est bas plus on va créer de l'emploi. L'allocation universelle va diminuer les salaires donc on va créer de l'emploi. On est bien là en pleine idéologie libérale. Les autres, les adversaires disent : « c'est l'extension massive des petits boulots ». Puisque l'allocation universelle ne permet pas aux gens de sortir de la misère, chacun va chasser ce qu'il peut trouver comme heures de travail de ci de là, et donc c'est la généralisation des petits boulots. Donc exactement l'inverse des minimas sociaux. L'effet de l'allocation universelle est exactement l'effet opposé des minimas sociaux qui visent à maintenir l'état de la société vers le haut, ici on fait baisser constamment l'état de la société. C'est aussi une idée qui permet à l'Etat de se désengager de toute politique sociale. Souvent dans le Tiers-Monde c'est cela qu'on fait. On l'a fait dans pas mal de pays, le Monde diplomatique en faisait l'éloge d'ailleurs en ce qui concerne l'Inde, on amenait de l'argent dans un village pauvre à des indiens, ils étaient très contents. Effectivement, quand on n'a pas d'argent et qu'ils en donnent, ils sont très contents. Et puis on a regardé ce qu'ils ont fait. Mais ça leur permettait de recourir à des services privés, parce que les services publics sont très mauvais. Autant faire des services publics pour tout le monde, c'est quand-même beaucoup plus utile que de donner une somme aux pauvres. Et donc derrière ça c'est l'idée véritablement d'institutionnaliser le précariat, de rendre le précariat permanent, rendre la misère acceptable, accepter la fatalité de la précarité. La logique d'un système de ce type-là c'est de juxtaposer à un dispositif public fiscalisé, quel que soit le nom qu'on lui donne, par exemple l'allocation universelle, à des régimes professionnels pré-financés par capitalisation. C'est-à-dire que ceux qui en ont les moyens ils vont développer des assurances privées en matière des fonds de pension, une assurance privée maladie, etc. C'est l'idée de l'allocation universelle pour tous et des fonds de pension d'assurances privées pour ceux qui ont les moyens de les avoir.




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Il faut aussi réaffilier les riches

Vous disiez en ouvrant ce colloque qu'il fallait réaffilier les jeunes en phase de désaffiliation. Et bien je dirais qu'il faut aussi réaffilier les riches en phase de désaffiliation. La cohésion sociale, on en a parlé, est menacée par la rupture entre un nombre croissant de précaires sans emploi ou occupant des emplois qui ne leur permettent pas d'échapper à la pauvreté, et d'autre part une minorité de nantis qui bénéficient de revenus et de privilèges exorbitants. Il en résulte une dynamique dont la dérégulation est le moteur et les inégalités le carburant. C'est ce que nous appelons couramment la crise. Face à cette explosion des inégalités, Robert Castel avait préconisé deux séries de mesures. Comme le soutenaient les promoteurs d'un revenu d'existence, il envisageait l'instauration d'un droit à un revenu minimal garanti, c'est ce que nous appelions avant le revenu d'insertion, le minimex. De nature à procurer des ressources suffisantes comme une exigence minimale pour assurer des conditions de vie dans la dignité. Mais une allocation universelle ne satisferait jamais cette exigence, dans la mesure où elle serait d'un montant médiocre, puisque accordée à tous, et ne permettrait pas en conséquence l'indépendance économique des bénéficiaires. Les personnes réduites à ce seul revenu se trouveraient dans l'obligation d'accepter n'importe quel emploi pour compléter leur allocation. Un tel système aurait pour effet selon Castel une dégradation du marché de l'emploi et la prolifération d'activités médiocres et sous payées. Le renforcement des minimas sociaux, à savoir le revenu d'insertion par exemple, les indemnités de chômage, indemnités de chômage qui impliquent la disponibilité du demandeur d'emploi, par la peur, aux emplois disponibles, peuvent par contre fournir une réponse satisfaisante à condition de les réformer et de les adapter à l'évolution du bien-être. Ceci pourrait être couplé à un dispositif d'accès à l'emploi durable, de manière à rompre avec la précarité. Des revenus de base, RIS, allocations de chômage, définis dans ces conditions, auraient comme fonction la satisfaction des besoins essentiels des personnes privées d'emploi et permettrait d'accompagner les bénéficiaires vers des emplois divers. C'est la première série de mesures. Nous en arrivons à la deuxième série de mesure. C'est la mise en place d'un revenu maximal qui serait un moyen d'intégrer les ultras riches dans la société. Il n'y a pas en effet que des pauvres à insérer. Ne faudrait-il pas aussi rapprocher les conditions de vie des plus riches du régime commun ? À ce propos Robert Castel proposait à titre indicatif un revenu maximal qui serait 20 fois le revenu minimal. De telle manière à réduire les inégalités et permettre la distribution d'une part des hauts revenus pour améliorer la condition des autres. À cela j'ajouterai un troisième type de mesures qui est celui que propose dans son dernier livre Marco Van Hees, qui est le droit des riches à payer leurs impôts.

 

Conclusion : le rôle de l'Etat est de garantir des droits

Voilà donc en gros ce que je voulais vous présenter pour en arriver à quelques éléments de conclusion. Pour dire d'abord que je ne pense pas que la fonction de l'Etat soit de responsabiliser les personnes, d'activer les personnes ou d'émanciper les personnes. Je pense que le rôle de l'État est de garantir des droits, ces droits qui permettent à chacun de se responsabiliser, de s'activer et de s'émanciper. Et je pense que cela est d'abord un premier élément important pour réfléchir les conditions d'intervention dans différents milieux. Deuxième éléments que j'ai retenu de ce que j'ai entendu ici, c'est qu'au fond la désaffiliation est un processus qui fonctionne tout au long de la vie: dès la petite enfance, dans l'enfance, la famille, l'école, le logement et le travail bien-sûr. Et lorsque l'on voit aujourd'hui l'explosion tout à coup du stress, toute une série de troubles musculo-squelettiques et tout cela, c'est l'idée finalement de fragilités de santé qui sont le fait que tout cela est le cumul de toutes ces précarités. Toutes ces précarités de l'enfance qui conduisent aux situations de fragilité dans lesquelles les personnes se trouvent au moment même où sur le plan professionnel ils se heurtent à un certain nombre d'obstacles. Que cela est aussi également lié à l'espérance de vie des personnes. On parle de l'allongement de l'espérance de vie mais d'abord ce n'est pas pour tout le monde. Même si l'espérance de vie de tout le monde augmente, l'inégalité sociale face à la vie reste extrêmement importante. Aujourd'hui à 55 ans, un cadre a 5 années de plus à vivre qu'un ouvrier. Si on pense à l'espérance de vie en bonne santé, ce qui est tout à fait fondamental, les écarts sont encore plus grands. Ceci signifie cette inégalité fondamentale, lorsque l'on dit aux gens : « vous allez travailler une année en plus alors qu'ils n'y tiennent plus ». Dans les enquêtes européennes qui sont faites sur les conditions de travail, il y a une question qui partout reçoit la même réponse et qui ne fait que diminuer. C'est lorsqu'on demande aux gens jusqu'à quel âge vous pouvez tenir ? Et cela diminue de plus en plus. Aujourd'hui en Belgique, 61 ans est considéré dans les enquêtes comme étant un maximum. Au niveau des services psychiatriques des hôpitaux, les gens disent: « si on devait allonger l'accès à la pension, on se demande comment on pourrait tenir ». Et donc voilà, c'est une question qui me paraît tout à fait essentielle parce que tout cela nous renvoie finalement à l'inégalité qui pour moi est la plus fondamentale, qui est l'inégalité sociale que nous avons en termes de temps de vie et de temps de vie en bonne santé.



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Table des matières

 

PascalRigot


Mot de clôture


Pascal Rigot

Conseiller politique auprès de la Ministre de la Jeunesse
et de l'Aide à la Jeunesse en Fédération Wallonie Bruxelles

 

Très brièvement je vais me faire le porte-parole de la ministre et proposer aussi quelques analyses personnelles suite à cette journée. Tout d'abord vous dire qu'on est évidemment en phase au niveau du cabinet, au niveau de la ministre, avec les actions qui sont entamées ici sur l'arrondissement de Nivelles, mais surtout avec la réflexion sur la désaffiliation sociale. On l'évoquait tout à l'heure, on a évoqué les 30 glorieuses et donc après un tournant au niveau de l'histoire et des crises successives au niveau de l'emploi et des crises économiques. Il est évident que depuis 2008 ce sont des choses qui se sont encore aggravées. Et donc tout ce qui évoque la désaffiliation sociale, la précarité, ce sont malheureusement des choses qui se renforcent, et on constate un peu partout, peut-être un peu plus dans certaines zones du pays, une dualité sociale grandissante. Et donc c'est évident que c'est un thème qui doit mobiliser toutes nos énergies, et particulièrement ici au CAAJ de Nivelles, on a été attentif au plan d'action puisque tout était axé sur le thème de la désaffiliation sociale. Et je voudrais relever une action qui sera menée par le CAAJ de Nivelles en 2013 et en 2014, où le CAAJ, qui est porteur du projet, va développer un projet de recherche action sur un quartier précarisé de l'arrondissement. Donc ça me paraît être une suite intéressante par rapport au thème qui a été développé ici à Nivelles depuis plusieurs années.

Autre chose pour bien démontrer que nous sommes attentifs à ce thème-là. Vous savez que récemment le décret de 1991 a été modifié par le Parlement. Donc je ne vais pas passer ici en revue tout ce que beaucoup d'entre-vous connaissent déjà, mais je voudrais revenir sur une des définitions qui a été revue dans ce décret. C'est la définition du plan d'actions de prévention générale. Et donc on défini un plan d'actions comme étant un plan comprenant l'ensemble des actions de prévention générale menées par le Conseil d'arrondissement en collaboration avec les autres secteurs, et visant à répondre aux phénomènes sociaux identifiés par le secteur de l'aide à la jeunesse en concertation avec les autres secteurs comme les facteurs de risques ou d'exclusion des jeunes et des familles. On a évidemment été fort tenus à faire en sorte que les missions des CAAJ soient non seulement recentrées sur la prévention mais aussi soient axées sur tout ce qui est causes d'exclusion. Et donc j'ai entendu la Directrice générale de l'aide à la jeunesse dire ce matin que le décret de 91 devait être défendu. Je dirais même plus, je pense que ce qu'il faut faire c'est renforcer l'esprit du décret de 91, et on a veillé à le faire.

Une journée qui a été vraiment très intéressante sur l'ensemble des débats, puisqu'on a eu une présentation théorique ce matin avec des exemples. J'ai personnellement beaucoup apprécié la manière dont ça a été dirigé, pour arriver ici en fin d'après-midi sur une intervention de Matéo Alaluf qui était axée beaucoup plus sur les aspects travail, allocation universelle. Et je trouve que c'est vraiment intéressant parce qu'on sait évidemment que dans tout ce qui est prévention aide à la jeunesse mais aussi désaffiliation, tout est dans tout, et donc c'était intéressant de revenir là-dessus.

Pour revenir sur Nivelles, on a vu aussi que les AMO de l'arrondissement de Nivelles sont à la pointe, puisque sur 6 projets menés par le CAAJ, il y en a 5 qui sont issus des AMO. Et donc ce qui nous renforce évidemment dans la conviction que le dernier arrêté de prévention générale a été dans la bonne direction. Donc on a voulu que la prévention générale concerne tout le secteur de l'aide à la jeunesse et que tout le secteur y soit représenté, mais on a voulu aussi que les AMO gardent ce rôle particulièrement important d'acteur et de cheville ouvrière au niveau de la prévention. Et la vitrine qu'on a encore eu cet après-midi ici le confirme, à la fois acteur AMO mais l'ensemble d'un secteur qui est concerné.

Je vais terminer sur deux choses qui sont plus en lien avec l'actualité, parce que on a eu aussi une question de la désaffiliation sociale en milieu scolaire. Donc la ministre a également une action à ce niveau-là en concertation avec la ministre de l'enseignement obligatoire. Donc je peux vous confirmer qu'il y a bien un projet de décret enseignement/aide à la jeunesse qui va surtout organiser les concertations entre les deux secteurs, qui sera déposé au Parlement d'ici quelques mois. Il a été approuvé hier en première lecture par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. On attend l'avis du Conseil communautaire et aussi des Commissions de concertation de l'enseignement. Et donc compte tenu de ces avis il y aura évidemment une deuxième lecture au gouvernement et par la suite ce projet sera proposé au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Et alors, et ça je vais un petit peu improviser, je vais répondre à une question de Christine Mahy tout à l'heure qui disait : « J'ai participé aux travaux du Plan jeunesse et donc on a parlé notamment de la non individualisation des droits. Où en est le Plan jeunesse ? ». Effectivement le Plan jeunesse a été un travail très long, très fastidieux, pas évident. Il y a eu de nombreuses concertations, c'est évidemment très très large comme problématique parce qu'on couvre évidemment tout, on parle des jeunes de 12 à 25 ans, et c'est évidemment très très large. Et donc récemment le comité de pilotage qui était désigné par la ministre pour ce Plan jeunesse, vient d'approuver une note cadre, qui va être approuvée bientôt par la Commission interministérielle qu'on appelle CIM dans le jargon. Et en fait cette note prévoit tout simplement l'adoption d'un décret par le Parlement. Un décret qui fera en sorte que à chaque début de législature, le gouvernement va élaborer un Plan jeunesse pour l'ensemble de la législature. Donc c'est ça qui sera fixé très bientôt, qui sera en tout cas soumis à la Commission interministérielle. C'est une réponse à la question. Mais en tout cas je peux vous répéter que la ministre a été très attentive aux travaux qui ont été faits ici par le CAAJ de Nivelles et surtout le rayonnement que ça peut avoir sur l'ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Je voudrais aussi remercier les organisateurs et tous ceux qui ont participé à l'organisation de cette journée et évidemment également les participants.



 

 Table des matières  

 

*Présentation des intervenants 
         

 

Mot d’accueil
Jean-Marie Caby

Introduction à la journée
Liliane Baudart

Présentation
Patrick Van Laethem et Chloé Brander - Exposé du travail du CAAJ sur le thème de
la désaffiliation sociale chez les jeunes et résultats de la recherche menée
par l’AMO Color’Ados

Exposés
Christine Mahy - « Prévention et travail social »
Bernard Francq - « Prévention et désaffiliation sociale » 

Projets
1 : AMO Color'Ados - "de la rue à la Battle" - et discussion avec Edwin De Boeve
2 : SPEP STAR et discussion avec Bernard De Vos
3 : CAS La courte-échelle et discussion avec Allal Mesbahi

Conclusions
Matéo Alaluf

Mot de clôture
Pascal Rigot


Crédits
pour le carnet

Captation
Olivier Gobert
Fabian De Backer
Prise de son
John Patti
Montage
Olivier Gobert
Jean-Pol Cavillot
Rédaction
Chantal Calonne
Jean-Pol Cavilot