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La compagnie Buissonnière est allée derrière les barreaux: un travail qui devrait être plus courant selon certains.

« On m'a proposé un atelier théâtre, je n'ai pas été au premier cours », je me disais « qu'est-ce que je vais aller faire là? Je n'ai pas besoin de me ridiculiser ». « Mais ensuite, j'ai été. Je trouvais ça bien, j'ai continué ». Amir est un ancien détenu. Il a fait partie de ceux qui ont eu l'occasion de participer à un atelier de théâtre-action lors de son séjour derrière les barreaux. Pendant quelques mois, une fois par semaine, à la prison d'Andenne, un groupe de détenus se réunissaient autour des comédiens animateurs de la Compagnie Buissonnière. « Une compagnie de théâtre-action doit être attentive à travailler avec tous les gens qui sont à l'écart » explique Bruno Hesbois, membre de la Compagnie Buissonnière. « Je ne me suis pas préoccupé de savoir qui j'avais en face de moi, j'avais des êtres humains en face de moi et ensemble, dans une relation de confiance qu'il a fallu installer petit à petit, on s'est embarqué dans cette aventure ».

Au départ la direction de la prison avait émis le souhait que le travail de la compagnie de théâtre-action tourne autour des addictions, afin de sensibiliser les détenus. Ce thème là a très peu accroché les prisonniers « Nous on voulait faire une pièce sur les conditions de détention. » explique Amir. C'est donc à partir de ce thème que les comédiens animateurs ont fait travailler les détenus. C'est alors le processus classique de la pratique du théâtre-action qui se met en marche. Lors des ateliers les détenus sont amenés à faire des improvisations autour du thème choisi, cela permet aux participants de faire sortir des choses. A partir de cette matière, les comédiens animateurs écrivent le texte, gardent des scènes, en enlèvent.  Et puis c'est la répétition de la pièce et enfin la présentation de cette dernière à un public. Dans ce cas-ci, il s'agissait des autres prisonniers.  « Les premières minutes, les détenus nous ont hués, mais les 50 autres minutes, ils ont été captivés, ils ont applaudi, ils ont rigolé » dit Amir . Alors est-ce que cette pièce a réellement fait bouger les choses sur les conditions de détention? C'est difficile à dire mais en tout cas, les prisonniers ont pu s'exprimer. « Moi le message que je voulais apporter c'est que je sentais trop de haine dans le milieu dans lequel j'étais. Je me disais que ce n'était pas possible de sortir avec cette haine. Ce que j'ai voulu faire c'est laisser la haine là et faire comprendre aux autres d'en faire autant. Et puis si j'ai réussi à faire rigoler le chef qui me regarde tous les jours de travers, moi le résultat il y est, c'est ce que je voulais! ».

Au delà du fait de pouvoir s'exprimer, c'est aussi pour la directrice de la prison de Namur, Valérie Lebrun, qui fait également venir une compagnie de théâtre-action dans sa prison, une façon de leur apprendre à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent. « Cela leur permet d'apprendre qu'ils peuvent réagir autrement que simplement par un passage à l'acte, rapide, impulsif. Quand on met des mots sur ce que l'on ressent, c'est déjà une autre façon de gérer la violence ». Et puis si la prison organise ce genre d'activités c'est aussi, il faut être clair comme le souligne Valérie Lebrun, une façon de mettre en place une soupape de sécurité. Cela permet de diminuer la tension que peut provoquer l'enfermement, tout comme toute autre activité organisée au sein du milieu carcéral.  « Je partais à l'atelier théâtre dans l'état d'esprit de sortir, de m'évader, d'oublier un peu mes tracas, mes soucis, tout ce qu'une cellule, quatre murs peuvent vous apporter » dit Amir.

Quelques compagnies de théâtre-action sont présentes dans les prisons, mais le souhait serait de voir ce type de travail se pérenniser. C'était un peu le message du colloque intitulé « Théâtre-action et prison » qui fut organisé à Namur par le Centre du Théâtre Action, dans le cadre du festival international de théâtre action (FITA). Pour Bruno Hesbois, « C'est un choix de société aujourd'hui est-ce que le gouvernement débloque des budgets pour construire de nouvelles prisons, comme c'est un peu l'option suivie aujourd'hui ou on contraire est-ce qu'on débloque des budgets pour rendre les prisons plus vivables, ou en tout cas pour préparer ces détenus à retourner vivre dans notre société ». Le théâtre-action a la chance d'être subsidié par la Communauté française, comme le souligne Yvan Inparraguires du Teatro Pasmi. Au Chili, où il travaille, il se bat pour avoir quelques moyens pour faire du théâtre-action dans les prisons.