header_dossier_theatre_action

theatre_action_04Le théâtreaction est une pratique théâtrale répandue en Belgique. Il s'agit de théâtre bien sûr, il est d'ailleurs reconnu comme art de la scène depuis 2003 par la Communauté française de Belgique. Des différences avec le théâtre « classique » il y en a, que ce soit dans le processus de création des pièces, dans le public plus particulièrement visé ou encore dans les lieux dans lesquels la plupart des représentations sont données.

Ces quelques spécificités ne sont pas anodines et sont un peu l'essence du théâtre action depuis ses prémices.

 

 

Un peu d'histoire...

C'est à la fin des années 60 et au début des années 70 que le terme « théâtre-action » est né. Mais c'est bien avant que les prémices se sont fait sentir, comme l'explique Paul Biot*, un des pionniers en Communauté française du théâtre-action. « Dans les années 50, à côté du théâtre traditionnel, se trouvait le théâtre universitaire. Ce dernier était un théâtre politique extrêmement actif. Le contexte international avec le franquisme ou encore les dictatures en Grèce et au Portugal incitait ce théâtre fort, significatif, provocateur. » Autre différence aussi avec le théâtre plus classique, c'était le principe de création collective, qui aujourd'hui encore est à la base du théâtre-action. Ce principe de création a vu le jour afin de répondre à des objectifs militants de lutte.

Fin des années 60, une partie du théâtre universitaire a commencé à s'éloigner de l'aspect politique des créations, tandis que l'autre partie décidait de maintenir cela. Cette branche là, cette dissidence du théâtre universitaire va, en outre, investir de plus en plus des lieux de diffusion inhabituels, principe toujours d'actualité pour le théâtre-action. Pour Paul Biot, « On allait dans une maison de jeunes, on allait dans un syndicat, c'était un public qui n'était pas un public de théâtre, c'était un public qui existait par lui-même autour d'autres approches ». Avec cela, est venue l'envie du public de faire du théâtre lui-même, le désir des gens de parler eux-mêmes d'un certain nombre de choses. Cette envie d'exprimer toute une série de choses occultées est ce qui sera appelé plus tard dans le milieu du théâtre-action « l'autre versant du monde, l'autre vision du monde ».

Les premières compagnies qui pratiquaient ce type de théâtre étaient au nombre de quatre: le théâtre de la Communauté, la Compagnie du Campus, et deux autres qui ont depuis lors disparu: le théâtre du pays noir et la Compagnie du sang neuf.

Dans les années 70, ces compagnies ont décidé de se regrouper sous un titre représentatif de leur action. Le nom « théâtre-action » fut adopté. A travers cette appellation, c'était l'idée, toujours d'actualité, d'agir au travers du théâtre, de tenter de faire bouger les choses. Le principe de la création collective ou participative en atelier, et le travail avec les gens, partir de ce qu'ils vivent pour créer et déjà pratiqués furent clairement exposés comme étant les principes fondamentaux du théâtre-action, principes que l'on retrouvera dans l'arrêté du décret de la Communauté française bien plus tard et toujours donc en vigueur aujourd'hui.

Un travail de plus en plus difficile

theatre_action_05Le théâtre-action se pratiquait souvent avec des groupes préexistants comme les organisations syndicales, des mouvements ouvriers, des mouvements féministes, des associations etc. Le théâtre était un moyen pour ces groupes de dénoncer, de montrer des injustices, de prendre la parole. « Avec l'arrivée du néolibéralisme dans les années 80 et de ses logiques de destruction de la solidarité, on observe une diminution des mouvements alternatifs, des mouvements populaires, des mouvements associatifs en général, mais aussi une augmentation du nombre de gens en désespérance. On ne se trouve plus avec des mouvements de chômeurs mais avec des gens sans emploi. La violence devient extrêmement individuelle», explique Paul Biot. Le théâtre-action se retrouve donc face à une difficulté non négligeable, les associations disparaissant, comment dès lors accéder, repérer les populations en difficultés, comment les faire émerger. Travail peu évident... et découragement de quelques compagnies, qui se sont alors tournées à nouveau vers des lieux où le public est déjà acquis, les grands théâtres, mais en n'oubliant pas l'aspect politique dans leurs pièces.

D'autres compagnies, elles, continuent le travail avec le public en marge de la société malgré les difficultés. Pour tenter d'aider ces compagnies, le Centre de Théâtre Action va voir le jour en 1985 et va s'atteler à la promotion du Théâtre-Action, à une meilleure visibilité, à mettre en évidence le travail des ateliers, des tâches que le centre accomplit toujours actuellement.

Militantisme...

Aujourd'hui ce sont 17 compagnies qui sont reconnues en tant que compagnies professionnelles de théâtre-action. Ont-elles gardé le côté très militant, très politique de l'époque?

Pour Katty Masciarelli, directrice du centre de théâtre action, « le théâtre-action est politique car aujourd'hui tout ce qui est collectif est un petit peu banni. On sent une volonté, des jeunes en particulier de se réapproprier peu à peu la parole dans l'espace public. » Pour Paul Biot, « le théâtre-action est et reste politique, pas seulement parce qu'il parle de la cité (Polis) et donc des choses qui sont contestables dans cette cité, pas seulement parce que ses spectacles ont un aspect souvent revendicatif ou en tout cas présentent une analyse critique des choses. Il est avant tout politique parce qu'il donne la place à une frange de la population qui n'est pas celle qui a le droit à l'invention du monde ».


* Paul Biot fut Directeur du Centre de Théâtre Action de 1992 à 2005, co-fondateur et comédien-animateur à la Compagnie du Campus. Il est Délégué de l'Assemblée générale du Mouvement de Théâtre-Action depuis 2003.

Pour en savoir plus

  • Théâtre-Action 1985-1995, ouvrage collectif, éditions du Cerisier, Collection Place Publique.
  • Théâtre-Action de 1996 à 2006, Théâtre(s) en résistance(s), ouvrage collectif coordonné par Paul Biot, éditions du Cerisier - 2006.