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Le Centre de Théâtre Action(CTA), fondé en 1985, est l'interface des compagnies de théâtre-action. Le centre leur assure une certaine visibilité et fait le lien avec des pratiques similaires dans le monde entier. Il met également l'accent sur la formation des « comédiens animateurs ».

Pourquoi un Centre de Théâtre Action a-t-il été créé en 1985?

Je pense que ceux qui, à l'époque, ont décidé de créer le Centre de Théâtre Action avaient une vision de la politique culturelle assez intéressante. Le fait de créer le centre permettait de créer une structure professionnelle qui travaillait à la promotion de la démarche du théâtre-action, qui s'attelait à faire des liens entre le théâtre-action et le milieu de l'éducation permanente, de l'enseignement, du social et de faire aussi des liens avec des pratiques similaires en Belgique et dans le monde.

Les liens avec les pratiques provenant des autres pays, comment les faites vous?

Une manière de faire les liens, c'est le Festival International du Théâtre Action que nous organisons. Il regroupe des compagnies qui ailleurs dans le monde exercent le même type de travail avec les populations et qui c'est vrai, là comme ailleurs, n'ont peut-être pas un écho médiatique très important. Quand je dis médiatique, c'est parce que le travail des compagnies est parfois assez confiné et peu visible puisque c'est vraiment un travail qui est fait sur le terrain. Le festival international, c'est l'occasion de mettre un coup de projecteur sur des compagnies qui ailleurs dans le monde pratiquent ce théâtre.

Si leur travail est peu visible, comment trouvez-vous les compagnies?

Le plus souvent ce sont les compagnies de théâtre-action qui découvrent elles-mêmes des compagnies ailleurs dans le monde.  Quand elles voyagent, elles en profitent pour voir si il n'y a pas des compagnies qui font le même travail qu'elles. Les compagnies se rencontrent, et la compagnie belge nous propose à notre tour de la découvrir. Alors même si ces compagnies étrangères ne sont pas présentes à chaque édition du festival international, on reste en lien. Et eux rencontrent parfois aussi d'autres compagnies et ils nous en parlent. C'est comme ça qu'on a tout un réseau international.

Outre la visibilité et l'organisation du festival international, le centre de théâtre action a aussi une mission de formation...

Le Centre de Théâtre Action avec d'autres compagnies de théâtre-action ont décidé d'investir dans la formation de « nouveaux professionnels » du théâtre-action. Jusque maintenant, les compagnies formaient elles-mêmes par un système de compagnonnage. Comédien animateur, c'est un métier assez spécifique qui ne s'improvise pas seulement avec les outils de l'art dramatique ou de l'animation. Et donc nous avons développé deux types de formation. Une première formation est une formation de comédien animateur spécialisée en théâtre-action. Elle est organisée dans le cadre d'une école de promotion sociale à Jupille, dans la région de Liège. Elle dure deux ans et devrait à terme donner lieu à une certification. La deuxième formation est une formation à la création collective. Elle permet à des gens qui ont envie de s'approprier la démarche du théâtre-action dans le cadre de leur travail, de pouvoir avoir quelques outils pour le faire le mieux possible.  Parallèlement à ces formations on essaie de sensibiliser des écoles qui forment à des métiers sociaux ou culturels à la pratique du théâtre-action. C'est ainsi que nous intervenons dans la formation d'assistants sociaux d'une école de Liège. On donne là-bas un module sur le théâtre-action. Ce module a pour objectif de sensibiliser les futurs assistants sociaux à la démarche participative du théâtre-action. Les gens se rendent de plus en plus compte que pour les publics très très précaires qui sont en demande d'aide au CPAS, il ne suffit pas de leur donner juste ce qu'il faut pour survivre, ce qui est déjà très important et essentiel, mais qu'il est important aussi de pouvoir leur redonner confiance, pouvoir travailler dans le cadre d'ateliers participatifs et ne pas faire seulement de la consommation culturelle. L'axe de la formation prend de plus en plus de place au sein du CTA. Il y a même maintenant une dimension internationale puisqu'on essaie de réfléchir avec les compagnies belges et internationales à la mise en place de tout un parcours de formation au niveau international.

Une dernière question, vous rencontrez et travaillez avec des compagnies étrangères, vous pouvez donc, j'imagine, comparer la situation du théâtre-action en Belgique et ailleurs. Alors le théâtre-action dans ce pays: bien loti ou mal loti?

Je pense qu'on est plutôt bien loti, même si au sein des arts de la scène, en ce qui concerne les enveloppes budgétaires, c'est assez infime par rapport aux autres compagnies. Mais il reste qu'en Belgique, le théâtre-action est reconnu par les arts de la scène comme une part de ce secteur là, ce qui n'est pas nécessairement le cas dans les autres pays où les Compagnies doivent chercher des subventions où elles peuvent. Les compagnies belges aussi doivent chercher des subventions ailleurs pour pouvoir quand même réaliser les projets mais elles ont un financement de la Communauté française. A l'étranger, je dirais que ce type de théâtre est très peu reconnu et très peu subventionné. Ils doivent parfois se cacher, ne pas dire ce qu'ils font pour avoir un peu d'argent à droite à gauche.