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Jean Blairon et Emile Servais réagissent à l'annonce faite début janvier en France du désir de Nicolas Sarkozy de juger ses ministres "sur résultats", à partir d'une feuille de route fixant des " indicateurs " établis avec l'aide d'un cabinet de consultance privé.

La presse écrite et télévisée européenne faisait état, en ce début janvier, d’une annonce de « changement » dans la culture politique française: les ministres seraient désormais jugés « sur résultats », à partir d’une feuille de route fixant des «indicateurs» établis avec l’aide du cabinet de consultance privé Mars&Co.

Citons à titre illustratif quelques-uns de ces indicateurs : un nombre d’expulsions d’étrangers en situation irrégulière et un nombre d’admissions au titre de l’immigration de travail, soit l’immigration choisie (pour le Ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale); la part de marché des films français en France ou la fréquentation des musées lorsqu’ils sont gratuits (pour la Ministre de la Culture); le nombre d’heures supplémentaires réalisées par les enseignants et l’ancienneté des enseignants en ZEP (pour le Ministre de l’éducation nationale); le nombre de ministres français présents à chacun des conseils des ministres à Bruxelles et à Luxembourg ( pour les Affaires étrangères), etc.

Face à l’expression à tout le moins d’une surprise générale, le porte-parole de l’Elysée a indiqué qu’on ne voyait pas pourquoi « les ministres seraient les seuls (sic) à échapper à une « évaluation »2 des «résultats» de leur travail ».

Les réactions se sont exprimées surtout dans deux directions : certains s’interrogeant sur le fait que le bruyant pensionnaire de l’Elysée semblait, quant à lui, à l’abri de tels indicateurs ; d’autres mettant en avant une politique d’ « infantilisation » des Ministres, « notés » comme les élèves des lycées. Certains ministres, issus de la sphère privée, désormais créditée a priori de toutes les vertus, déclaraient quant à eux « ne pas avoir peur de l’évaluation ».

Cette surprenante réplique apparaît évidemment comme l’envers révélateur du caractère intimidant de l’ imposition de la dite «culture du résultat», c’est-à-dire du chantage de plus en plus débridé qui accompagne son « implémentation ».

Depuis longtemps, les travaux bien documentés et très argumentés de Jean-Pierre Le Goff ont exposé le caractère « barbare » de la « modernisation » des entreprises et des services publics, éducation nationale comprise3. Notons ici que nous franchissons un pas supplémentaire, puisque c’est le modèle scolaire « modernisé » qui est imposé en retour aux politiques, placés sous la férule d’un « maître » dont le volontarisme narcissique est trop martelé pour ne pas poser bien des questions (avec M. Fillon dans le rôle du surveillant-éducateur?).

Il est donc plus que temps de s’interroger sur les effets possibles de ce «retournement» et de cette imposition culturelle dans la sphère politique, au plus haut niveau (moins un) de l’Etat.

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