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Le travail de rue (ou de prévention spécialisée, les deux se recoupant largement) implique désormais une lutte pour la légitimité à dire le sens du social (selon une expression de Pierre Bourdieu). Cette lutte est permanente, toujours à recommencer ou à poursuivre, et elle devient de plus en plus rude ; c'est en ce sens que le travail d'évaluation ne peut rester ni extérieur ni neutre, même s'il se doit d'être des plus rigoureux.

Au départ des travaux de Goffman sur l’institution totale, Jean Blairon s’attache à montrer que les procédés dénoncés par le sociologue des interactions pèsent lourdement sur de nombreux jeunes dans leur milieu de vie, dans une société qui est devenue préservative à l’égard de sa jeunesse. Dépossession des rôles sociaux, demandes humiliantes, contamination, lois incohérentes, embrigadement, etc ; autant de ces procédés, finement décrits par Goffman à propos des institutions fermées, qui se retrouvent aujourd’hui en milieu ouvert, sous couvert d’une politique qui prétend lutter contre l’insécurité, mais qui fait si peu contre l’insécurité d’existence.
Mais pour Jean Blairon,  les professionnels du travail de rue ou de prévention spécialisée sont eux-mêmes soumis aux engrenages des mêmes procédés, en subissant des pressions quotidienne par des exigences de justification dans un modèle inapproprié, l’imposition de la pensée technocratique, la confusion et l’ambiguïté des politiques, entre autres.

Dans un tel contexte, il est indispensable de remettre comme priorité absolue la construction de ce qu’il faut bien appeler un « rapport de coopération improbable ». Jean Blairon  propose d’identifier au moins huit conditions de cohérence et de pertinence d’une telle construction.

Paru dans Jeunes et quartiers – 50 ans de proximité. Les actes. Service de Prévention spécialisée ADSEA69, Bron, Juin 2010, pp.64–75 (publication papier).

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